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Nous sommes responsables d’une victime de la canicule sur trois

Les canicules font particulièrement souffrir les habitants des villes, comme ici à Philadelphie, aux Etats-Unis. Keystone / Matt Rourke

Environ un tiers des décès liés à la canicule dans le monde peut être attribué au changement climatique provoqué par les activités humaines, selon une étude à laquelle a participé l’Université de Berne. Pour réduire la mortalité, la Suisse a mis à jour son système d’alerte canicule.

Ce contenu a été publié le 09 juin 2021 - 11:00

Été 2003: une vague de chaleur longue et intense frappe l’Europe. En Suisse, dans la localité de Grono, aux Grisons, la température atteint le record historique de 41,3°C. La canicule provoque la mort de 70'000 personnes sur le continent, dont un millier en Suisse.

Nous savons aujourd’hui qu’environ un tiers des décès ont été causés par le réchauffement climatique dont nous sommes tous responsables: c’est le résultat d’une étude internationale coordonnée par l’Université de Berne et la London School of Hygiene & Tropical medicine, publiée le 31 mai dans Nature Climate Change.

«Il existe un lien évident entre les décès liés à la chaleur et le changement climatique d’origine humaine. La canicule est comme la pollution: c’est un tueur silencieux», affirme Ana Vicedo-Cabrera, auteure principale de l’étude et collaboratrice de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne. L’analyse a pris en compte les données recueillies dans 732 localités dans 43 pays entre 1991 et 2018.

Méthodologie de l’étude

L’analyse a été menée par une méthode de «détection et d’attribution». En pratique, les chercheurs ont examiné les conditions météorologiques passées en les simulant dans différents scénarios, avec et sans émissions d’origine humaine. Cela a permis de séparer le réchauffement causé par les activités humaines, et les impacts sanitaires qui en résultent, de ce qui pourrait être des tendances naturelles.

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Plus de décès dans les pays à faible revenu

Les résultats de l’étude, la plus importante du genre, montrent que tous les continents sont touchés par le problème. Au niveau mondial, le pourcentage de décès liés à la chaleur attribuable au réchauffement de la planète est de 37% (avec un total estimé à environ 100’000 décès par an), les pics les plus élevés étant enregistrés en Amérique centrale et du Sud et en Asie du Sud-Est.

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«Les personnes vivant dans les pays à faible revenu sont les plus touchées. Une des raisons est évidemment la température, mais il y a aussi la vulnérabilité de la population à la chaleur», explique Ana Vicedo-Cabrera. La mauvaise qualité des infrastructures et des soins de santé, l’état de santé général de la population et la structure démographique pourraient tous avoir un impact.

La chercheuse souligne que même dans un pays au climat tempéré comme la Suisse, environ un décès sur trois lié aux vagues de chaleur est dû à la crise climatique. «En Suisse, la chaleur est un facteur de mortalité important qui ne doit pas être sous-estimé», prévient-elle, rappelant que la température dans la Confédération a augmenté plus que la moyenne mondialeLien externe.

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Les femmes plus vulnérables

La mortalité n’est pas seulement due à l’augmentation des températures pendant l’été, qui a atteint 1,5°C dans les localités considérées. La durée des vagues de chaleur, la température pendant la nuit et le taux d’humidité peuvent également avoir une influence.

Les personnes à risque sont celles qui effectuent des travaux pénibles en plein air, par exemple dans les champs, mais pas seulement, indique Ana Vicedo-Cabrera. «La chaleur peut agir comme un ‘détonateur’, aggravant l’état de santé des personnes âgées et des malades chroniques, par exemple les personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires ou respiratoires.»

Selon des études citées par l’Organisation mondiale de la santé, les femmes sont plus vulnérables que les hommes. Cette réalité a poussé l’association suisse Ainées pour la protection du climat à poursuivre la Suisse devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Les autorités fédérales, selon l’association, violent le droit à la vie et à la santé des femmes âgées parce qu’elles ne font pas assez en matière de réduction des émissions.

La CEDH a jugé l’objet recevable et a demandé à la Suisse, fin mars, de prendre position sur la plainte déposée par les Aînées. La date limite est fixée au 16 juillet, indique Anne Mahrer, coprésidente de l’association.

Plus de morts à cause du chaud

En raison du changement climatique, les vagues de chaleur vont devenir plus longues, plus intenses et plus fréquentes. «Nous nous attendons à ce que la proportion de décès liés à la chaleur continue à augmenter si nous ne faisons rien pour [contrer] le changement climatique», note Ana Vicedo-Cabrera, qui n’exclut pas une augmentation des mouvements migratoires dus aux chaleurs extrêmes.

La chercheuse de l’Université de Berne soutient que des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique sont nécessaires. «Nous avons besoin d’objectifs ambitieux pour réduire les émissions, tant au niveau national que mondial. Il est important que les villes s’adaptent pour réduire l’effet des îlots de chaleur urbains», dit-elle.

Système d’alerte à la canicule

Pour faire face à la hausse des températures, la Suisse a actualisé son système d’alerte canicule, qui a été mis en place en 2005. Selon l’Office fédéral de la protection civile, les vagues de chaleur font partie des menaces les plus graves pour la Suisse.

Qu’est-ce que la chaleur extrême

En Suisse, on parle de canicule lorsque, pendant plusieurs jours consécutifs, les températures sont supérieures à 30°C la journée et ne descendent pas en dessous de 20°C la nuit.

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Depuis le 1er juin, les alertes canicule de MétéoSuisse se basent sur la température moyenne journalière – qui prend aussi en compte les valeurs nocturnes – et non plus sur l’indice de chaleur (Heat Index) élaboré aux Etats-Unis et exprimé en degrés Fahrenheit. La population est alertée notamment par le biais d’une applicationLien externe.

L’Office fédéral de météorologie et de climatologie explique que «la température moyenne journalière est fortement corrélée avec les effets des températures élevées sur les personnes, notamment avec la mortalité.» Il indique que même un seul jour avec des températures élevées peut être dangereux pour le corps humain.

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