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Irène Kälin: «La diaspora suisse n’est pas suffisamment entendue au Parlement»

Suisses de l’étranger représentation politique Suisse
«Sur le plan politique, la Cinquième Suisse est tout aussi importante que la population résidant en Suisse», estime la conseillère nationale Irène Kälin. Swissinfo/Claire Micallef

La conseillère nationale verte et ancienne présidente du Conseil national Irène Kälin déplore que les préoccupations des Suisses de l’étranger ne trouvent pas une oreille suffisamment attentive sous la Coupole fédérale. Dans notre série «La Cinquième Suisse sous la Coupole», elle revient sur les raisons de ce manque d’attention et sur les espoirs qu’elle place dans les formes de participation numériques.

L’Argovienne Irène Kälin siège au Conseil national pour les Vert-e-s depuis 2017. Elle a déjà assuré la présidence de la Chambre basse en 2022. Bien qu’elle ait, au début de sa carrière politique à Berne, refusé de rejoindre un groupe parlementaire, elle a décidé en 2019 de s’impliquer dans certains groupes choisis. L’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger» a été l’un des premiers qu’elle a rejoints.

Irène Kälin a étudié les sciences islamiques au niveau bachelor, puis obtenu un master en sciences des religions. Au-delà du thème phare des Verts qu’est la protection du climat, cette élue de 39 ans s’engage principalement au Parlement en faveur de l’égalité des genres et de l’égalité des chances en matière de formation.

Contrairement à la France ou à l’Italie, qui accordent des circonscriptions électorales à leurs citoyens expatriés, les Suisses de l’étranger ne disposent pas de représentation directe sous la Coupole fédérale. Cela ne signifie pas pour autant que leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Plus de 60 députés et sénateurs (sur 246) sont membres de l’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger»Lien externeLien externe. Chaque semaine de session, nous donnons la parole à l’un d’entre eux dans notre format «La Cinquième Suisse sous la Coupole».

Irène Kälin: Il est difficile de mettre l’ensemble des Suisses de l’étranger dans le même panier. La diaspora est tout aussi diverse que la population résidant en Suisse. Néanmoins, le dimanche de votation du 14 juin devrait être plus déterminant pour celle-ci que tout ce que nous pourrons décider lors de la session d’été, en particulier parce que près de 60% de notre diaspora vit au sein de l’UE.

Indépendamment de cela, il existe une lueur d’espoir pour la Cinquième Suisse: pour la première fois, la collecte électronique de signatures devrait être possible dans le cadre de projets pilotes limités dans le temps et dans l’espace. Ce serait une étape majeure, car les Suisses de l’étranger ont jusqu’ici été largement exclus du droit d’initiative – sauf s’ils passaient par hasard leurs vacances en Suisse.

Quel dossier a priorité pour vous durant la session d’été?

La session d’été se déroule dans l’ombre du dimanche de votation. C’est là que se trouve l’enjeu le plus important, indépendamment de ce que nous décidons ici. Pour moi, en tant qu’élue verte, l’initiative «Stop au blackout», qui veut pouvoir autoriser à nouveau la construction de nouvelles centrales nucléaires, est également centrale. Avec elle se pose la question de savoir si notre politique énergétique doit faire un bon dans le passé ou, avec les énergies renouvelables, aller vers l’avenir.

Au cours de cette première semaine de session, les comptes de la Confédération ont également constitué un objet important. L’excédent montre que davantage d’investissements auraient été possibles. Malheureusement, la volonté politique fait défaut au Parlement.

À quels investissements pensez-vous concrètement?

Premièrement, à la politique climatique et énergétique: les mesures de protection du climat permettent d’éviter des coûts massifs dans le futur, et les énergies renouvelables doivent être développées plus largement et plus rapidement.

Je pense deuxièmement au maintien des infrastructures. La comparaison avec l’Allemagne montre quelles sont les conséquences lorsqu’on investit trop peu dans ce domaine. Nous préférons sans doute toutes et tous voyager avec les CFF plutôt qu’avec la Deutsche Bahn.

Troisièmement, la formation. Dans ce domaine, nous avons tendance à être plus économes que généreux, alors qu’il s’agit du secteur offrant le plus grand potentiel pour un pays comme la Suisse.

Pourquoi vous engagez-vous pour l’électorat des Suisses à l’étranger?

Politiquement, la Cinquième Suisse est tout aussi importante que la population résidant en Suisse, mais elle est souvent quelque peu oubliée dans les débats parlementaires. Elle ne dispose pas d’un lobby aussi puissant que d’autres partis ou groupes d’intérêts actifs en Suisse.

En dehors de la politique, j’ai séjourné un certain temps au Sri Lanka lorsque j’étais jeune et j’y ai observé le travail d’organisations de Suisses de l’étranger. Je suis convaincue que le regard extérieur de la diaspora affine la perception que l’on a de la Suisse. Elle voit souvent le pays de manière plus réaliste.

Faut-il donc un lobby plus fort pour la Cinquième Suisse?

Dans certains cas, oui. L’e-voting et l’e-collecting seraient essentiels pour établir un lien direct entre les Suisses de l’étranger et la démocratie. Le fait que cela prenne autant de temps montre que la diaspora n’est pas suffisamment entendue au Parlement.

Dans quelle mesure les intérêts des Suisses de l’étranger sont-ils bien représentés sous la Coupole fédérale?

L’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger» et l’Organisation des Suisses de l’étranger font du bon travail. Mais ils font partie des petits lobbys. Je pense que, à eux seuls, les agriculteurs crient dix fois plus fort que les Suisses de l’étranger.

Par ailleurs, notre système accorde un poids important aux cantons dans le cadre du Conseil des États. Or, à ce niveau, il n’existe aucune structure facilement accessible aux Suisses de l’étranger.

La diaspora suisse croît d’année en année. La prise de conscience au Parlement a-t-elle évolué depuis votre entrée en fonction?

À mon avis, elle est malheureusement restée à peu près la même.

Comment voyez-vous la Suisse aujourd’hui dans le monde?

La Suisse peine à trouver sa place dans un contexte marqué par des bouleversements géopolitiques et à tirer le meilleur parti de sa pseudo-neutralité, qui n’a en réalité jamais été totale. Là aussi, on pourrait investir: dans la Genève internationale, dans la promotion de la paix, dans la diplomatie. Mais nous avons plutôt pris le chemin du repli. Nous investissons dans l’armée et espérons qu’un réarmement apportera la sécurité à un si petit pays.

Quels sont vos liens avec la communauté des Suisses de l’étranger?

Le contact le plus étroit que j’ai eu remonte à mon mandat de présidente du Conseil national, sur la scène internationale. J’ai alors constaté à quel point il était enrichissant de pouvoir être très fier de sa nationalité suisse à l’étranger, tout en gardant un regard critique sur son pays. Les Suisses de l’étranger montrent en première ligne qu’il est tout à fait possible d’être à la fois critique et fier.

Quelles victoires avez-vous pu obtenir en défendant les intérêts des Suisses de l’étranger?

Le fait qu’une e-ID voie bientôt le jour, même si elle n’est pas encore totalement prête. Mais au moins, le peuple a déjà pu se prononcer à ce sujet.

Y a-t-il aussi eu des défaites?

C’est une chance que le dernier revers concernant le mandat international de la SSR ait pu être évité. Toutefois, le fait que nous n’ayons pas davantage progressé sur l’e-voting doit être considéré comme une défaite. Il y a souvent eu des solutions prometteuses – accompagnées de préoccupations légitimes en matière de protection des données. Avec une plus grande volonté politique au Parlement, nous serions aujourd’hui plus avancés.

Si vous deviez vous installer à l’étranger, où vous partiriez-vous?

Je me plais tellement en Suisse que j’ai du mal à envisager de vivre ailleurs à long terme. À la rigueur, je pourrais m’imaginer un séjour prolongé à Marseille. Je connais la langue, je m’y sens encore suffisamment chez moi et il y a là toujours un train pour revenir en Suisse.

Relu et vérifié par Samuel Jaberg / traduit de l’allemand par Katy Romy avec l’aide de l’IA

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