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Seule une minorité des trains suisses sont suroccupés, et surtout en 2e classe

Voyageurs à la gare de Renens, un important nœud ferroviaire en Suisse romande.
Voyageurs à la gare de Renens, un important nœud ferroviaire en Suisse romande. Keystone / Valentin Flauraud

La RTS a analysé la fréquentation de l'ensemble des trains en Suisse. Les données révèlent que la saturation ne concerne que certains axes, essentiellement aux heures de pointe et en 2e classe. Face à ce constat, certains voudraient supprimer la 1ère classe comme l’ont fait plusieurs régions françaises.

Les pendulaires de l’Arc lémanique sont coutumiers des rames bondées. Et pour cause: plusieurs trains de la région figurent parmi les plus fréquentés de Suisse.

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Les données de fréquentation sont mises à disposition par l’Office fédéral des transports (OFT). Les trois catégories de fréquentation, «faible à moyen», «élevé» et «très élevé» ont été converties en taux de remplissage par la RTS pour pouvoir effectuer des calculs. Pour simplifier la compréhension, la RTS explique ainsi avoir retenu la valeur de 100% pour la catégorie «très élevé». 

Les CFF estiment que la RTS «se base sur des données et une méthode de calcul inexactes, qui ne permettent pas de désigner un train précis comme le plus rempli de Suisse».

Une suroccupation limitée dans le temps et dans l’espace

L’impression d’un réseau ferroviaire saturé en permanence ne se vérifie cependant pas. Les trains surchargés se concentrent essentiellement aux heures de pointe, à savoir entre 6h30 et 8h30 et entre 17h et 19h, et sur les axes interurbains principaux. Certains trajets comptent de nombreux kilomètres et durent plusieurs heures, mais les fortes fréquentations ne sont cantonnées qu’à une petite portion de ces lignes.

C’est le cas par exemple du RegioExpress de 18h08 qui relie Annemasse, en France, à St-Maurice (canton du Valais) en passant par les cantons de Genève et Vaud. Entre Genève, Coppet et Nyon, ce train est souvent bondé, mais il se vide ensuite graduellement aux arrêts de Gland, Rolle et Allaman. A partir de Morges et jusqu’à son terminus, le taux de remplissage de ce convoi oscille entre faible et modéré.

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La 2e classe systématiquement plus remplie que la 1ère

Une autre réalité tend à frustrer certains usagers: «Il n’y a jamais personne en 1ère classe, tout le monde est en 2e», tonne une voyageuse en gare, dans un reportage de l’émission Mise au Point de la RTS.

Les statistiquesLien externe lui donnent (en partie seulement) raison. Car si la fréquentation fluctue beaucoup selon l’heure du voyage, une constante demeure: il y a davantage de passagers en 2e classe qu’en 1ère. Sur les plus de 2500 trajets analysés, les wagons de 2e classe se révèlent autant ou davantage remplis que ceux de 1ère classe, où les sièges sont déjà moins nombreux. On ne dénombre que 21 trajets où le taux d’occupation de la 1ère classe est en moyenne plus élevé qu’en 2e.

>> Voir le reportage de Mise au Point:

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Des voix s’élèvent contre la 1ère classe

Face à ce constat, 70 ans après la suppression de la 3e classe en Europe, certains verraient bien la 1ère classe disparaître. Le débat n’est pas nouveau, mais il a été relancé en début d’année. Une pétition en ce sens, signée plus de 12’500 fois, a été remise à Berne par la section jeune de l’Association transport et environnement (ATE).

Valère Lovis, président de la section jurassienne de l’ATE, y voit la possibilité de rétablir une certaine égalité sociale: «Le simple fait qu’on parle de classe montre que nous vivons dans une société où nous considérons que certaines personnes sont dignes d’avoir un confort supplémentaire et d’autres non.»

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La classe unique française

En France, plusieurs régions ont supprimé la 1ère classe dans leurs TER (Transport express régional) ces dernières années. C’est notamment le cas dans les Pays de la Loire, où depuis l’automne 2024, il n’y a plus de classes dans les wagons.

Un changement qui n’a suscité aucun débat, explique le vice-président du conseil régional, Roch Brancour. «La durée moyenne des trajets pour les usagers des trains régionaux dans notre région, c’est entre 15 et 40 minutes, donc je dirais que l’intérêt d’une 1ère classe est moins important que lorsque vous avez des trajets qui dépassent une heure.»

En Suisse, rien n’oblige les compagnies ferroviaires à proposer deux classes. «Seule la concession pour le trafic grandes lignes détenue par les CFF inclut un point sur la 1ère classe dans les trains InterCity et InterRegio», indique l’Office fédéral des transports (OFT) en réponse à une question de la RTS. Pour toutes les autres lignes, il n’y a aucune prescription légale, il s’agit d’un choix opérationnel.

Certaines compagnies régionales comme le MBC ou le LEB n’ont pas de classes différentes, tandis que d’autres, comme TransN en 2024, l’ont introduite sur certains tronçons. Pour la compagnie neuchâteloise, cette décision se justifie, même pour des courts trajets. «Cela peut être pour le touriste qui a commencé son voyage en 1ère classe ou pour les pendulaires qui souhaitent pouvoir travailler dans des conditions confortables», explique son porte-parole.

L’intérêt financier de la 1ère classe

La question de la rentabilité reste un secret bien gardé des compagnies de transport. «La 1ère classe doit continuer à être proposée car elle répond aux besoins de la clientèle», répondent par écrit les CFF. La compagnie a refusé de s’exprimer face caméra sur ce sujet et renvoie vers l’Union des transports publics (UTP). Pour l’organisation faîtière de la branche, la 2e classe ne subventionne pas la 1ère. Des chiffres transmis à la RTS par l’Alliance SwissPass indiquent par ailleurs que la 1ère classe représente 14% du montant perçu en 2025 sur les billets vendus, pour seulement 6% du nombre total de tickets.

Pour Vincent Kaufmann, sociologue spécialiste des questions de mobilité à l’EPFL, les places en 1ère classe ont en plus un rôle à jouer dans la transition énergétique. Il explique qu’en général, les catégories sociales plus aisées n’aiment pas fréquenter d’autres classes. «La 1ère classe permet un entre-soi qui incite probablement à utiliser le train en donnant l’assurance qu’on ne sera pas mélangé», estime le chercheur.

Etant donné que plus une personne gagne bien sa vie, plus elle va émettre de gaz à effet de serre, la 1ère classe sert alors à attirer des pendulaires à haut revenu vers un mode de transport décarboné, selon Vincent Kaufmann.

Entre conviction idéologique et enjeu collectif, la lutte des classes dans les trains suisses complexifie la question de la suroccupation des rames. Reste que dans un train, peu importe la classe choisie: tous les passagers arrivent à la même heure au même endroit. Le trajet est identique, mais le voyage, lui, peut être différent.

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