Soudan: MSF ne voit «aucune volonté de mettre un terme» au conflit
Médecins Sans Frontières (MSF) ne voit "aucune volonté de mettre un terme au conflit" au Soudan. L'ONG alerte aussi sur le manque d'accès à la nourriture et d'eau pour les déplacés, notamment dans le camp de Tawila au Darfour.
(Keystone-ATS) «C’est un échec politique», a affirmé mercredi à la presse à Genève le nouveau président international de MSF, Javid Abdelmoneim, de retour de plusieurs semaines dans la région. Il dénonce à la fois l’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui ne souhaitent même pas «dialoguer». Mais aussi leurs soutiens régionaux.
Pire, «la situation ne s’améliore pas», insiste le Britannique. Le chef des paramilitaires Mohamed Hamdane Daglo a dit récemment être prêt à un conflit encore long. Et de nouveaux fronts se sont ouverts, au Kordofan et dans l’Etat du Nil bleu.
Près de 200 attaques contre la santé ont été menées depuis le début du conflit il y a trois ans, faisant 1700 victimes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Les employés ont peur de se rendre au travail», ajoute M. Abdlemoneim. Il a abordé cette question notamment avec le chef de l’armée Abdel Fattah al-Burhane. «Nous n’obtenons pas de réponse» tant l’impunité est répandue, dit le président de MSF.
Autre facteur de ce conflit, les attaques par drone ont fait 880 tués en janvier et avril, selon l’ONU. «Nos collaborateurs doivent se bunkériser» plusieurs fois par semaine, dit M. Abdelmoneim. Parmi les blessés pris en charge «en permanence», des fractures, des brûlures ou des amputations sont observées.
Situation «catastrophique»
Plusieurs mois après la prise d’El-Facher par les FSR après un siège de 18 mois, la situation pour les déplacés dans la région est «catastrophique». Leur nombre dans la région de Tawila varie entre 400’000 et un million, selon les estimations.
MSF a régulièrement dénoncé les violences sexuelles et à caractère ethnique perpétrées par les parties au conflit. Toutes les femmes dans le camp de Tawila savent qui est celui chez l’ONG qui peut les prendre en charge en ville, dit M. Abdelmoneim pour expliquer la dimension du problème.
Les déplacés ont accès à un petit repas par jour et l’eau est épuisée après 30 minutes chaque jour. Des collaborateurs de MSF qui ont dû fuir El-Facher, où l’ONG n’avait pu retourner que plusieurs mois après la prise par les FSR, s’y trouvent également.
Les restrictions au Moyen-Orient retardent également l’arrivée de denrées et de matériel dans un pays où les barrières administratives étaient déjà importantes. Autre problème, les coupes dans l’aide atteignent le Soudan. En avril seulement, le soutien à 47 centres de santé a été interrompu. MSF «fait ce qu’elle peut» pour combler ce décalage.
Dans les prochains mois, le chantier principal sera de garantir les stocks de médicaments et de quoi lutter contre le choléra avec l’arrivée des pluies. Depuis le début du conflit, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées. Des millions de personnes ont été déplacées.