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Une «aide à domicile partagée» pour assurer la qualité

En plus des services classiques de soins à domicile, l'ABAD propose désormais un service innovant à titre expérimental: l'aide à domicile partagée. Keystone / Gian Ehrenzeller

Soulager les proches aidants, garantir des prestations de qualité aux bénéficiaires et des contrats de travail corrects aux aides à domicile. C’est l’objectif des «aides à domicile partagées». Elles représentent une nouvelle ressource à un prix abordable pour permettre le maintien des personnes âgées à domicile.

Ce contenu a été publié le 01 octobre 2020 - 11:55

«Les gens qui décident spontanément d’aller en maison de retraite et s’en réjouissent sont rares. Dans la plupart des cas, ce sont les membres de la famille qui décident. Ils le font parce qu'ils sont seuls et n’ont pas d’autres possibilités», souligne Roberto Mora, directeur de l'Association pour l’assistance et les soins à domicile de Bellinzone (ABADLien externe), l'une des six entreprises de service public actives dans ce domaine dans le canton du Tessin.

En Suisse, la contribution des membres de la famille en matière de soins et d’assistance aux personnes qui en ont besoin est énorme. Une enquête menée dans le cadre du Programme de promotion des «offres visant à décharger les proches aidants» a montré qu’en Suisse près de 4,7 % de la population âgée de 15 ans et plus fournit ce type d'aide presque quotidiennement. Ce taux passe à 14,3 % pour ceux qui le font au moins une fois par semaine.

Selon le rapport annuel 2019 de ce programme, ce sont principalement les personnes âgées de 45 à 65 ans qui s'occupent des membres de leur famille. Pour la plupart, ils s'occupent de leurs parents ou de leur belle-famille. Quatre personnes sur cinq en âge de travailler assistent une personne, tout en exerçant une activité rémunérée.

Une chance de plus de vieillir à la maison

Roberto Mora a conçu une forme de soutien pionnier, «qui enrichit l'éventail des possibilités de continuer à vivre chez soi», pour soulager les proches aidants. Il s’agit de prestations, pour quelques heures par semaine, d’aides à domicile employées par l'ABAD.

Ce n'est toutefois pas un service d’aide à domicile classique, ce qui existe déjà, souligne Roberto Mora. L'idée est plutôt de proposer un service complémentaire, qui consiste à remplacer ou soutenir les proches aidants, ainsi qu’à fournir une assistance et un accompagnement ponctuels aux personnes isolées.

Roberto Mora, directeur de l'Association pour l’assistance et les soins à domicile de Bellinzone (ABAD). swissinfo.ch

L'ABAD emploie des aides à domicile qualifiées, c'est-à-dire qui ont un diplôme cantonal ou qui s'engagent à le faire, avec un contrat de travail fixe. Elle organise également leurs interventions sur le terrain, de sorte qu'en principe chacune d'entre elles puisse s'occuper de deux ou trois personnes par jour. Pour l'instant, la personne peut recourir au service au maximum 4 heures par jour, uniquement du lundi au vendredi pendant la journée.

Des prix bas, mais des salaires équitables

Cette formule – qui est actuellement encore en phase de test – profite à toutes les parties concernées, déclare Roberto Mora. Les aides à domicile disposent de conditions de travail conformes aux normes et un emploi stable: elles ne courent pas le risque de perdre soudainement leur emploi parce que la personne aidée déménage dans une maison de retraite ou décède. Elles sont également intégrés au sein de l'équipe de soins et d’assistance à domicile, participent à des réunions, bénéficient de soutien et de conseils. Ce sont des conditions qui leur permettent d'évoluer professionnellement.

Ce système garantit également la qualité des services fournis aux utilisateurs. De plus, ces derniers peuvent y accéder de manière simple, sans devoir recruter et employer à titre personnel une aide à domicile. Un avantage significatif pour les personnes assistées et leurs familles est également le faible prix de ce service, avec la garantie que les aides à domicile sont correctement payées.

Perspectives de développement

Bien que ce service réponde principalement à une demande des personnes âgées, celles-ci ne sont pas les seules à le solliciter. Il constitue aussi une solution dans certaines situations d'urgence. Par exemple, si un père ou une mère se retrouve subitement seul/e, parce que l’autre parent est hospitalisé, et a besoin de soutien pour s’occuper des enfants, explique le directeur de l'ABAD.

D'une manière générale, Roberto Mora est confiant quant au potentiel de ce service, que l'ABAD offre depuis un an et demi. «Nous consolidons progressivement notre offre», dit-il. Compte tenu des réactions positives reçues jusqu'à présent, il n'exclut pas d'étendre le service au week-end et/ou à la nuit à l'avenir, si le besoin s'en fait sentir.

Salaires et coûts

Depuis 2011, le salaire brut minimum pour les travailleurs de l’économie domestique, y compris les aides à domicile, est fixé pour toute la Suisse dans une ordonnance fédérale. Ce salaire varie actuellement entre 19 francs 20 de l’heure pour le personnel non qualifié et 23 francs 20 pour son homologue qualifié. Les employés de l’économie domestique ont droit à quatre semaines de vacances payées par an (cinq dans certains cantons) et à des jours fériés payés également.

La convention collective de travail de la branche du travail temporaire s’applique depuis 2012 aux aides à domicile employées par les agences de placement. Le salaire minimum varie alors en fonction des qualifications mais aussi des zones de travail. Il s’échelonne entre 20 francs 33 de l’heure pour les moins qualifiés au Tessin et 25 francs 62 pour le personnel qualifié dans les régions à hauts salaires.

Pour les employés vivant chez le bénéficiaire d’aide, un montant maximum de 990 francs peut être déduit pour la pension et le logement.

Malgré l’existence de ces salaires minimaux, ils ne sont dans de nombreux cas toujours pas respectés.

Une enquête de 2015 a montré que les agences versaient entre 1500 et 3000 francs de salaire mensuel, pension et logement compris, aux aides à domicile recrutées essentiellement dans les États d’Europe de l’Est membres de l’UE. Des cas de salaires inférieurs à 1000 francs sont aussi apparus. Les coûts facturés aux clients de ces agences oscillent entre 4500 et 13’500 francs par mois.

Aux salaires des aides à domiciles s’ajoutent les cotisations de l’employeur aux assurances et à la sécurité sociale ainsi que les frais administratifs et d’intermédiation.

Pour les personnes qui ont besoin d’une assistance active de jour comme de nuit sept jours sur sept, les coûts sont d’autant plus élevés que les salaires des auxiliaires se cumulent.

À noter que, selon la loi suisse, les auxiliaires de vie sont autorisées à prodiguer de l’aide mais pas les soins infirmiers. Seuls les infirmières et assistants en soins et santé communautaire dont le diplôme est reconnu et autorisé par les cantons ont le droit de le faire. Résultat, les coûts connexes ne sont pas inclus dans l’enveloppe dévolue à l’auxiliaire de vie.

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