La Suisse met en échec des trafiquants de pilules thaïes
Une centaine d'arrestations et la saisie de 450 000 pilules thaïes. Plaque tournante et marché test de cette nouvelle drogue venue d'Asie, la Suisse a neutralisé un important réseau de trafiquants. Il s'agit du plus gros coup de filet jamais réalisé en Europe.
«Après notre opération WY, le prix des pilules a augmenté fortement», se réjouit Dieter Stüssi. Cet officier d’enquête à la police fédérale interprète en effet ce phénomène comme la preuve que le marché des pilules thaïes en Suisse a été stoppé. Du moins momentanément.
Meilleure connaissance des filières
Ces nouvelles pilules ont fait leur apparition en Suisse en septembre 1998. Une convoyeuse transportant 28 000 pilules dans ses bagages avait alors été arrêtée à l’aéroport de Zurich-Kloten. Selon l’Office fédéral de la police (OFP), près d’un million de pilules auraient été écoulées depuis 1996.
L’enquête WY, qui a mobilisé une centaine de personnes, a été entreprise dès l’été 1999. Une opération menée essentiellement par les autorités cantonales. L’OFP, elle, s’est occupée de la coordination de l’opération, à laquelle ont aussi participé les polices allemande, autrichienne, liechtensteinoise et thaïlandaise.
La police connaît désormais mieux la filière de ces pilules produites en Asie. Les substances de base seraient livrées par des Chinois, le transport organisé par des Thaïlandais et le trafic contrôlé essentiellement par des Vietnamiens. Dans le cadre de l’opération WY, seules 20% des personnes arrêtées étaient suisses.
Nombreux stratagèmes
Ces réseaux de trafiquants se caractérisent par un grand potentiel de violence. Pour preuve, les nombreuses armes saisies dans le cadre de cette enquête. L’organisation participait aussi à la traite des femmes, qui étaient du même coup utilisées comme des mules.
La drogue entrait dans notre pays par l’aéroport de Zurich-Kloten, mais aussi par colis postaux. Les trafiquants usaient de nombreux stratagèmes: pilules cousues dans des vêtements, dissimulées dans des produits cosmétiques ou des boîtes de conserve.
Ecoulées tout d’abord parmi les Asiatiques du milieu de la prostitution, les pilules se sont ensuite progressivement répandues dans le monde de la «techno».
Les trafiquants ont sévi essentiellement dans les cantons de Zurich, Berne, Vaud, Bâle-Ville, Thurgovie et Soleure. Les plus grosses quantités ont été saisies à Bienne et à Berne (44 000 et 35 000 pilules).
Prédestination helvétique
Le trafic a ensuite franchi les frontières helvétiques pour s’étendre en Europe, en Allemagne et en Autriche notamment. La Suisse a ainsi joué le rôle de marché test, mais aussi de plaque-tournante.
«La Suisse était prédestinée pour être un marché test», confirme Danièle Bersier, porte-parole de l’OFP. Notre pays présente en effet de nombreux avantages: une importante communauté asiatique, une situation au cœur de l’Europe et de faibles distances entre les frontières.
Caroline Zuercher
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