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Votation sur l’immigration: une histoire suisse vieille de 50 ans

Keystone-SDA

Le peuple suisse se prononce le 14 juin prochain sur l'initiative de l'UDC "Pas de Suisse à 10 millions!". La limitation de la population étrangère est un débat qui traverse l'histoire du pays depuis plus d'un demi-siècle.

(Keystone-ATS) Dès l’après-guerre, la Suisse attire des centaines de milliers de travailleurs européens, en particulier d’Espagne et d’Italie. Entre 1950 et 1970, le nombre de résidents étrangers passe de 6% à 17%, pour atteindre le million dans les années 70. «Un sentiment d’étouffement s’installe dans certains secteurs de la société suisse», note Olivier Meuwly, historien du PLR, interrogé par Keystone-ATS.

C’est dans ce contexte qu’est créée l’Action nationale (aujourd’hui Démocrates suisses) qui lance les initiatives contre la «surpopulation étrangère», portées par James Schwarzenbach.

La première, qui exigeait la limitation du nombre d’étrangers à 10% de la population, est rejetée par 54% de non en 1970. Mais la participation est historique: près de 75%, un record depuis l’introduction de l’AVS en 1947.

Interrogé sur cette mobilisation, l’historien et politologue Claude Longchamp relève que les initiatives qui «brisent un tabou ont toujours une grande participation, elles polarisent les deux côtés». Même si «l’initiative Schwarzenbach» ne passe pas, le sujet est entré dans la politique suisse, pour ne plus en sortir.

Le choc est passé

Deux autres textes suivront, en 1974 et 1977, recueillant respectivement 34% et 29% de oui. L’effet de choc est passé, «cela reste un sujet qui touche, mais qui ne brise plus de tabous», analyse M. Longchamp.

De plus, les crises économiques et pétrolières de 1973 ont provoqué une baisse de l’immigration et le retour au pays d’origine. «Il y a également une prise de conscience: sans cette main-d’œuvre étrangère, l’économie et la société suisse ne tourneraient pas», ajoute Olivier Meuwly. Un argument qui demeure encore d’actualité, selon lui.

Montée de l’UDC

A la fin du XXe siècle, l’UDC reprend le thème d’une politique d’immigration restrictive. En 1992, année de la votation sur l’Espace économique européen (EEE), le parti lance sa première initiative populaire «contre l’immigration clandestine», rejetée quatre ans plus tard.

La signature des accords bilatéraux avec l’Union européenne (UE) en 1999, incluant la libre circulation des personnes, marque un tournant pour le parti. L’UDC luttera désormais contre chaque tentative de rapprochement avec Bruxelles. En 2010, l’initiative «pour le renvoi des étrangers criminels» est acceptée, une victoire importante qui installe durablement le parti.

Votation de 2014

Quatre ans plus tard, l’initiative «contre l’immigration de masse» passe de justesse, avec 50,3% de oui. Claude Longchamp y voit une «mobilisation exceptionnelle de la classe populaire, qui habituellement ne participe pas».

Mais la loi d’application adoptée par le Parlement ne pose «aucune limite réelle à l’immigration». Elle oblige les employeurs à annoncer certains postes aux offices de l’emploi avant de recruter à l’étranger, sans véritable contrainte. «La Confédération a réagi de manière symbolique, pas sur le contenu», tranche l’historien.

Fort de sa dynamique, le parti agrarien soumet en 2020 l’initiative «pour une migration modérée», visant à permettre à la Suisse de restreindre seule l’immigration de manière automne, en excluant tout accord de libre-échange avec l’UE. Elle est rejetée à 61%. «Le texte était trop intellectuel, le droit international n’intéresse pas la population», analyse Claude Longchamp.

Glissement thématique

Entre-temps, un «glissement» thématique s’est opéré dans les propositions de l’UDC, selon Olivier Meuwly. Dès 2014, l’initiative «Halte à la surpopulation, Oui à la préservation durable des ressources naturelles» introduit un argument nouveau. «C’est la première fois que le lien entre écologie et surpopulation est établi».

L’historien y voit un basculement «de la simple surpopulation étrangère» vers celle «de l’occupation, des dégâts potentiels de cette circulation sur le sol et la nature et l’environnement». Des thématiques que l’on retrouve dans l’initiative au programme du 14 juin.

«Quasiment inévitable»

Les dates le montrent, le peuple suisse se penche tous les cinq à dix ans sur la limitation de l’immigration. Pour Olivier Meuwly, la multiplication des incivilités, les pressions sur les infrastructures et les préoccupations environnementales rendaient «quasiment inévitable une énième votation sur le sujet».

Selon lui, deux éléments pourraient toutefois freiner la dynamique: une crise économique grave, comme en 1970, qui provoquerait des départs, ou une rupture totale des relations avec l’Europe, «qui pourrait être induite par cette votation ou par un refus des bilatérales III», note le spécialiste. Pour Claude Longchamp, «tant que le parti gagne des élections, il n’abandonnera pas ses sujets phares: la migration, l’asile et l’Union européenne.»

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