Aujourd’hui en Suisse
Helvètes du monde, bonjour,
Longtemps annoncé comme serré en cours de campagne, le résultat de la votation «Pas de Suisse à 10 millions!» a finalement penché en défaveur de l’UDC, à l’origine du texte.
En revanche, le peuple suisse accepte de durcir l’accès au service civil. Quelques votations cantonales ont également retenu l’attention, notamment celle sur le sort des pigeons de Bâle-Ville.
Bonne lecture,
La Suisse dit non à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» à 54,8%. Les cantons romands ont unanimement rejeté le texte, tandis que la Suisse alémanique s’est montrée plus partagée.
Restée longtemps incertaine, l’issue de la votation se solde par un échec pour l’UDC, le parti de droite conservatrice qui avait lancé l’initiative. Son président Marcel Dettling attribue la défaite au fossé ville-campagne. «La campagne a très clairement dit oui, mais les villes ont fait pencher la balance», a-t-il déclaré sur la radio alémanique SRF.
Sur le plateau de la RTS, la conseillère aux États libérale-radicale Johanna Gapany a, pour sa part, estimé que la population est consciente du «besoin d’une main-d’œuvre qui vient parfois de l’étranger». La conseillère nationale verte Clarence Chollet a néanmoins relevé que 45% des votants et votantes avaient glissé un oui dans l’urne et qu’il faudrait tenir compte de ce «vote de protestation» lors des discussions sur les Bilatérales III.
Le projet était également scruté à l’international. Dimanche, des eurodéputés ont salué son rejet.
Avec son initiative, l’UDC voulait contraindre le Conseil fédéral à prendre des mesures afin que la population résidante permanente de la Suisse ne dépasse pas les 10 millions d’ici à 2050. De premières mesures auraient dû être prises dès le seuil des 9,5 millions, prioritairement dans le domaine de l’asile et le regroupement familial. L’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE aurait aussi pu être dénoncé en dernier recours.
L’accès au service civil sera désormais plus difficile. Les Suisses ont soutenu à hauteur de 52,5% la réforme visant à réduire le nombre de civilistes.
Le Parlement et le Conseil fédéral souhaitaient modifier la loi pour durcir les conditions d’accès au service civil afin de renforcer les effectifs de l’armée, considérant que le nombre élevé d’admissions au service civil est problématique.
Le camp bourgeois, qui soutenait la réforme, s’est réjoui du résultat. Sur le plateau de la RTS, le conseiller national UDC Nicolas Kolly a déclaré que «ces dernières années, de plus en plus d’hommes ont opté pour le service civil pour des raisons de confort». Dans le contexte géopolitique actuel, il a estimé que la Confédération devait recentrer ses efforts sur la sécurité du pays.
Dans le camp du non, le conseiller national socialiste Benoît Gaillard a jugé que les arguments peinaient à se faire entendre dans le contexte sécuritaire international. «La question du nombre de recrues n’est probablement plus déterminante: on a besoin d’électronique, de cyberrésilience», a-t-il analysé.
Concrètement, le Parlement souhaite faire baisser le nombre de civilistes de 7200 à 4000 par année, soit une diminution de plus de 40%. Tous les civilistes devront à l’avenir effectuer un minimum de 150 jours de service, indépendamment du nombre de jours déjà effectués au service militaire. Ils auront également moins de marge de manœuvre dans la planification de leur engagement.
Que retenir du rejet de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!»? D’abord, que la Cinquième Suisse a été la grande oubliée de l’UDC, expliquent mes collègues dans leur analyse. En envisageant avant tout la libre circulation dans le sens des étrangers qui viennent travailler en Suisse, le parti a négligé le fait qu’elle profite aussi à près d’un demi-million de Suisses installés dans l’UE.
Les conséquences migratoires inattendues du Brexit ont été exploitées avec succès par les adversaires du texte, relève encore l’article.Au Royaume-Uni, la sortie de l’UE s’est soldée par des effets de substitution migratoire et un fort mécontentement politique. L’UDC n’est pas parvenu à dissiper la peur d’un «Brexit suisse» de manière convaincante. La question du risque de voir augmenter le flux de frontaliers, notamment, n’était pas réglée.
Le résultat de la votation montre aussi que, dans un contexte géopolitique mouvant, les Suisses ont voulu préserver leurs relations avec l’UE. En s’attaquant à l’Accord sur la libre circulation des personnes, l’UDC a une nouvelle fois tenté d’éloigner Berne de Bruxelles, mais une majorité des Suisses tiennent aux accords bilatéraux.
Enfin, cette votation a mis sur le devant de la scène des sujets cruciaux pour l’avenir du pays. L’immigration sera un thème phare des élections fédérales de 2027. Quant aux défis liés à la croissance démographique rapide de la Suisse, ils ne vont pas disparaître de sitôt. Il appartiendra au monde politique de s’en emparer dans les années à venir.
Plusieurs votations et élections cantonales avaient aussi lieu dimanche. Entre autres, Zurich se prononçait sur trois initiatives visant à lutter contre la pénurie de logements, Bâle-Ville votait sur l’impôt à la source et le sort des pigeons et Vaud sur un salaire minimum.
Le canton, et plus particulièrement la ville de Zurich, sont en proie à une crise du logement depuis plusieurs années. Trois initiatives cantonales entendaient y apporter des solutions, mais elles ont toutes été refusées par les votantes et votants.
En revanche, les Zurichoises et Zurichois ont dit oui à deux contre-projets. Le premier demande une simplification des réglementations afin que plus de logements puissent être construits. Le deuxième souhaite éviter une augmentation des loyers après des résiliations de tous les baux d’un immeuble pour travaux de rénovations.
Le canton de Bâle-Ville a accepté l’introduction d’un impôt à la source, une première en Suisse. Désormais, 10% du salaire brut des personnes salariées seront directement prélevés. Celles et ceux qui ne souhaitent pas y avoir recours devront le signifier.
La population du canton a également validé le contre-projet du Grand Conseil bâlois sur la gestion des pigeons. Il prévoit, sur une phase d’essai de quatre ans, d’installer plusieurs pigeonniers et de continuer les pratiques existantes, comme l’effarouchement ou l’abattage.
Après Neuchâtel, le Jura, Genève, le Tessin et Bâle-Ville, Vaud sera le sixième canton à introduire un salaire minimum en Suisse. Si la population a accepté d’ancrer ce principe dans la Constitution, elle a toutefois refusé les projets de lois associés. Son sort est donc incertain.
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