Bilans de presse: des bravos et des doutes
Que restera-t-il du 14e Salon international du Livre et de la Presse? L’intérêt pour un bilan de cette édition 2000 n’est pas une surprise: plus on s’éloigne de Genève, moins on lui accorde de place. A part dans le Jura, invité d’honneur.
Avant même que cette édition 2000 ne referme ses portes, l’éditorialiste de «dimanche.ch» mettait en exergue le talent de Pierre-Marcel Favre. D’une idée, il a réussi à faire un événement, c’est-à-dire «transformer ce qui n’est qu’une gigantesque librairie en un incontournable moment culturel et médiatique. Et cela pour la bonne cause: lire un peu plus sans doute, lire un peu mieux peut-être».
Ambiance inverse dans «Le Temps» qui voit ce Salon en roue libre, «…un salon omnivore, dépassant de loin sa vocation première de foire aux livres pour déverser son lot de stands de frites et de bracelets brésiliens». Et c’est pire encore en ce qui concerne «…l’invisible Salon de la musique, parent pauvre de la manifestation littéraire et qui n’attire, au plus fort du week-end, qu’une poignée de vagabonds égarés…».
«La Tribune de Genève» et «24 Heures» mettent le doigt sur ce qu’elles considèrent comme l’un des problèmes du Salon: «peu ou pas d’éditeurs français font le déplacement à Genève… Tous préfèrent laisser leurs distributeurs locaux s’occuper des affaires courantes. C’est plus simple et moins onéreux.» Quant aux éditeurs romands, ils «se prennent pour des stakhanovistes. Si leurs confrères français brillent par leur absence, eux jouent au Roi-Soleil… Ils sont satisfaits des ventes de leurs ouvrages et de la tenue de leurs auteurs. Genève-Palexpo reste ‘leur’ salon».
Les chiffres de fréquentation sont très légèrement à la baisse, il est vrai. Mais suffisamment pour que «Le Matin», par exemple, se demande si ce Salon est vraiment aussi «superbe» que ne le déclare son directeur. Et de s’appuyer sur un autre bilan. Chaque année, le public est invité, par solidarité, à faire cadeau de livres acheminés ensuite vers des pays où règne la pénurie de l’écrit. Cette fois-ci, une centaine de milliers d’ouvrages ont ainsi été récoltés à l’enseigne du Don du Livre. «Petit résultat», commente le journal lausannois, «en comparaison de celui de l’année dernière, soit 150 000 livres offerts.»
Dans le Jura, l’hôte d’honneur confédéral, on a par contre «la satisfaction du devoir accompli». «Le Quotidien jurassien» veut d’abord rassurer son public: l’aménagement du stand jurassien n’a pas fait l’unanimité, mais, explique celui qui en avait la responsabilité, «les critiques sont surtout venues des Jurassiens à qui cette présentation était destinée… Les autres ont généralement apprécié l’originalité du concept.» Quoi qu’il en soit, le Jura n’est pas passé inaperçu. «C’est déjà la moitié de son pari qui est ainsi gagnée. Il fallait encore retenir le visiteur, nouer avec lui un véritable contact. Là encore, c’est chose faite.»
Et l’Allemagne? Les quelques journaux qui ont repris tout ou partie du bilan proposé par le correspondant de l’Agence télégraphique suisse citent les propos de satisfaction de la responsable du pavillon allemand: «Nos lectures et nos débats ont rencontré un vif succès, supérieur à toutes nos attentes».
Attentes justement. On espère, pour les organisateurs du Salon, que ces espoirs-là, ceux des visiteurs comme ceux des hôtes, sont inversement proportionnels à l’intérêt de leurs quotidiens pour le diagnostic final. Ils se rassureront en reprenant à leur compte les sous-titres d’un long article que «L’Agefi», quotidien des milieux économiques, consacre à un débat «entre intellectuels» organisé pendant le week-end au Café philosophique du Salon: «Il est nécessaire de mettre en question les vérités assénées par les médias». Ou encore: «Le décalage entre réalité et discours médiatique peut donner le vertige.»
La conclusion, on la laissera à celui qui fut sans doute l’un des absents les plus remarqués des stands de presse et autres lieux de rendez-vous du Salon. S’il ne s’en était allé subitement un jour d’hiver, Raoul Riesen, comme d’habitude, aurait clos l’événement comme il le faisait dans presque tous ses billets de bonne ou de mauvaise humeur: «Ce sera tout pour aujourd’hui.» Pour cette année aussi.
Bernard Weissbrodt
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.