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Ce Suisse qui compte comme les anciens Grecs

L'abaque, la machine à calculer des Grecs, sur la couverture du livre d'Alain Schärlig. Presse Polytechnique

Les hellénistes de la Sorbonne récompensent un mathématicien, économiste et journaliste genevois.

Alain Schärlig est l’auteur de la première étude exhaustive sur les «machines à calculer» des Grecs de l’Antiquité.

«Le grec que j’ai appris à l’école ne fait pas de moi un helléniste. J’ai traîné mes sandales sur les sites archéologiques, mais je ne suis pas archéologue. J’ai pris quelques cours d’histoire, mais je ne suis pas pour autant historien.»

A partir de ces confessions, on comprend la surprise et le bonheur d’Alain Schärlig. Il a reçu le prix Zappas 2003 qui lui a été décerné mercredi par l’Association des études grecques, basée à la prestigieuse université de la Sorbonne à Paris.

Un pari audacieux

Ce prix récompense «Compter avec des cailloux», première étude exhaustive sur les «machines à calculer» de la Grèce antique.

Lorsqu’il le fait publier en mars 2001, Alain Schärlig insiste auprès de son éditeur pour qu’il en imprime 800 exemplaires. Pari audacieux dans un domaine – l’archéologie – où 700 copies représentent déjà un «gros» tirage.

Or, cinq mois plus tard, l’ouvrage est épuisé et l’on doit mettre sous presse une seconde édition. Il faut dire que l’auteur a bien fait son travail de promotion. Et il en récolte aujourd’hui les fruits.

Les maths, l’économie et le cognac



Les téléspectateurs romands n’ont certainement pas oublié Alain Schärlig. A l’époque glorieuse de la conquête de la Lune, c’est lui qui leur expliquait le pourquoi et le comment de cette aventure.

Alors que son frère Eric a été durant trente ans le chroniqueur scientifique de la Radio Romande, Alain multiplie les activités. Et le journalisme (qu’il a pratiqué également au défunt Journal de Genève) n’en est qu’une parmi d’autres.

Mathématicien de formation, puis docteur en économie, Alain Schärlig a été professeur et auteur de plusieurs ouvrages scientifiques.

Dans les années quatre-vingt, il a notamment beaucoup écrit sur la prise en compte des coûts écologiques lors de la réalisation de grands projets industriels ou autoroutiers.

Ce retraité hyperactif a également été durant trois décennies directeur de la filiale suisse des cognacs Rémy Martin.

«Ce sont les hasards de l’existence, lâche-t-il modestement. Et puis, il faut bien gagner sa croûte.»

«Par amusement»

Avec son épouse Anne-Lise, Alain Schärlig est aussi depuis toujours un passionné de la Grèce, qu’ils ont dû visiter une bonne quarantaine de fois.

Et c’est là qu’a germé l’idée de s’intéresser aux abaques, ces tablettes de marbre divisées en colonnes dont les anciens se servaient pour leurs calculs.

«Jusque-là, on disait: les Grecs comptaient avec des cailloux, explique Alain Schärlig. Mais personne n’avait démontré concrètement comment ils procédaient.»

C’est donc «par amusement» qu’il se lance dans cette recherche. Trois ans durant, le mathématicien va compulser la littérature et courir les musées pour peaufiner son texte, construit comme une enquête policière.

L’œuf de Colomb



La Grèce antique connaissait deux systèmes de numération. L’un associait simplement les chiffres aux lettres de l’alphabet, tandis que l’autre attribuait un symbole aux chiffres 1, 5, 10, 50, 100, 500 et 1000.

«C’est à ce système que je me suis intéressé, explique Alain Schärlig. Car c’est exactement celui que les Romains ont repris par la suite, avec les méthodes de calcul qui y étaient associées.»

Et ce que le mathématicien genevois a découvert semble aussi simple que l’œuf de Colomb.

5 pour 1, 2 pour 10, 5 pour 5, etc.

Pour écrire par exemple le nombre 23, les Grecs disposaient sur l’abaque deux cailloux dans la colonne des 10 et trois dans la colonne des 1.

Pour faire une addition, il suffisait de disposer les cailloux du deuxième nombre selon le même principe.

Ensuite, on regroupait les cailloux par colonne et on procédait à une «réduction». Ce qui consiste à remplacer cinq cailloux dans la colonne des 1 par un dans celle des 5. Ou deux dans la colonne des 5 par un dans celle des 10… et ainsi de suite, jusqu’à pouvoir lire le résultat final.

«On avait ainsi une machine à calculer qui permettait de faire des opérations sans se fatiguer et sans avoir besoin de faire le moindre calcul mental», conclut Alain Schärlig.

swissinfo, Marc-André Miserez

Paru en 2001, «Compter avec des cailloux» en est déjà à sa deuxième édition.
Le prix Zappas est décerné chaque année par l’Association des études grecques, basée à la Sorbonne, Université de Paris IV.

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