Genève invite les cousins argoviens
Le Musée Rath profite des travaux en cours au Kunsthaus d'Aarau pour présenter une sélection de ses collections. Vous avez dit art suisse?
Le titre, évidemment, fait un brin pompier. «Un siècle de défis», voilà qui pourrait s’appliquer avec le même brillant à propos à la viticulture vaudoise qu’aux progrès récents de la chirurgie esthétique…
Il s’agit en fait de l’exposition que présente le Musée Rath de Genève, qui propose – merci aux architectes Herzog et de Meuron, dont les travaux d’extension ont rendu ce prêt possible! – les collections du Musée des Beaux-Arts d’Aarau.
La taille n’ayant jamais rien fait à l’affaire – pas plus celle d’un pays, que celle d’une cité, Aarau comptant quelque 16 000 âmes, dont nombre de mécènes! – ce Kunsthaus possède une des plus riches collections d’art suisse moderne.
Oui, on a bien écrit «art suisse» et à ceux qui déjà lèvent un sourcil narquois, on rétorquera illico qu’ils auraient bien tort de prendre l’Helvétie pour des lanternes et qu’accessoirement, ladite collection est remarquablement dotée en expressionnisme allemand.
Vaste panorama
Cela dit, défi il y a tout de même dans la démarche consistant à exhiber 76 artistes (!) et quelque 130 œuvres (essentiellement peintures, mais aussi sculptures et installations diverses) sans sombrer dans le chaos.
Claude Ritschard, commissaire de l’exposition, a résolument écarté certaines pièces maîtresses des XVIII et XIXe siècles, pour se concentrer sur l’art suisse du XXe. Il s’agissait de «faire le point sur ce passé proche et d’éclairer la génération d’artistes contemporains qui construiront le panorama culturel du siècle prochain».
L’hommage aux précurseurs se limite donc à une poignée de beaux Hodler et autres Amiet. On réfute par ailleurs l’idée d’une Suisse isolée. Il suffit de considérer les séjours de Kirchner et des Arp, voire l’apport américain, dès les années cinquante, que l’on doit à la politique avant-gardiste de plusieurs «Kunsthallen» alémaniques.
Ce cheminement entend aussi éclairer, indique Claude Ritschard, la formidable «liberté de formes et de pensées» de l’art suisse – que l’on songe à un créateur aussi torturé que Soutter ou aux audaces d’un André Thomkins.
Autre constat optimiste, les deux dernières générations d’artistes helvétiques n’ont plus besoin de s’expatrier pour exister et se faire pleinement apprécier au-delà de nos frontières. Les techniques récentes, de la vidéo à la photo, n’y sont certes pas étrangères, mais c’est d’abord le fait de personnalités aussi fortes et singulières que Fischli & Weiss, Urs Luthi, Roman Signer ou Dieter Roth.
Véronique Zbinden
«Un siècle de défis; l’art du XXe siècle dans les collections du Musée des Beaux-Arts d’Aarau», Genève, Musée Rath, jusqu’au 13 janvier 2002.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.