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L’école paralysée par une grève à Zurich

La moitié des enseignants zurichois a l'intention de débrayer. Keystone

Près de 6000 professeurs ont répondu à l'appel de leurs associations pour protester contre les mesures d'économies décidées par le canton.

Du débrayage d’une heure à la fermeture de l’école toute la journée, toutes les actions sont prévues.

C’est la plus grande manifestation jamais organisée par les enseignants dans le canton et une des plus grandes de Suisse.

Sur les 10 000 professeurs de l’école obligatoire sollicités par leurs associations, près de 6000 participeraient à la journée de protestation organisée ce vendredi à Zurich.

«La mobilisation est sensationnelle. Elle atteint près de 60% du corps enseignant», se réjouit Urs Loppacher de la section zurichoise du Syndicat suisse des services publics (SSP).

Le syndicaliste tient également compte de quelque 500 lettres de soutien reçus de la part d’enseignants qui auraient voulu participer mais qui sont pris par d’autres engagements.

Les organisations impliquées (le SSP, l’association zurichoise des enseignants et l’association des enseignants secondaires) ont prévu toute une palette d’actions, de l’apéro d’information à la grève pure, en passant par la distribution de tracts.

Des lettres d’avertissement

Les parents ont été avertis par des lettres préparées en huit langues, dont le portugais, l’espagnol, le turc, l’anglais, le serbo-croate. Les écoles ont aussi proposé un service de garde pour les enfants dont les parents seraient occupés, mais peu l’ont demandé, indique Urs Loppacher.

Les enseignants ne veulent pas impliquer les enfants dans leur mouvement. «Pas d’instrumentalisation!», lit-on sur un de leurs sites internet.

Les autorités scolaires ont d’ores et déjà annoncé que les grévistes risquaient des sanctions salariales. «Les actions de protestation doivent dans tous les cas respecter le principe de proportionnalité», écrit la direction scolaire dans une lettre le 11 juin.

Des coupes salariales

Selon cette lettre, les débrayages de plus d’un demi-jour sont considérés comme disproportionnés. «Le salaire n’est vraiment pas notre préoccupation première», relativise Rita Nussbaumer, enseignante en ville de Zurich, une des porte-parole du mouvement.

Le SSP a du reste débloqué sa «caisse de grève» pour ceux qui se verraient pénaliser, précise Urs Loppacher.

Quelques établissements scolaires ont de leur côté tenu à signaler leur désaccord avec le mouvement de grève. L’école d’Uhwiesen a publié un communiqué dénonçant une protestation qui s’en prend aux mauvaises personnes, soit les enfants et leurs parents.

Une ampleur inédite

La dernière manifestation des enseigants zurichois remonte à septembre 2000. Les enseignants avaient observé une pause d’une heure, durant laquelle ils avaient occupé les élèves.

Si les relations entre enseignants et autorités politiques sont depuis longtemps secouées par les nombreuses réformes lancées par l’ancien conseiller d’Etat Ernst Buschor, le mouvement actuel prend une ampleur inédite.

Un lourd tribut

Raison à cela: le programme d’économies annoncé par le gouvernement début mai, 144 mesures qui doivent permettre de réduire les dépenses de 2,8 milliards, à un peu plus de 11,5 milliards jusqu’en 2007.

Selon le programme du Conseil d’Etat, le système scolaire payerait un lour tribut en termes d’emplois: 750 des 1230 places de travail que le canton souhaite supprimer le seraient parmi le corps enseignant, dont 500 à l’école obligatoire.

La mesure la plus spectaculaire et la plus contestée est l’agrandissement des classes de «1,5 enfant» en moyenne qui permettrait d’économiser 350 emplois.

«Nous passerions, en moyenne à 28 enfants par classe, au lieu de 25, en moyenne, actuellement», explique Rita Nussbaumer. Cela remet en question l’existence même de l’école, car nous serions aux limites de nos capacités d’enseigner.»

En même temps, poursuit l’enseignante, le Parlement cantonal a accepté le 12 mai une initiative des arrondissements scolaires réclamant des classes plus petites. «Les autorités prennent des voies contradictoires!», s’insurge-t-elle.

Moins de leçons de soutien

Les enseignants craignent de voir l’apparition d’un système scolaire à deux vitesses, qui provoquerait un boom des écoles privées. D’autant que les subventions pour les leçons de soutien et d’encouragement seront diminuées de moitié.

«Les communes qui peuvent se le permettre financeront les prestations abandonnées par le canton, les autres devront se contenter du minimum», redoute Urs Loppacher.

Des programmes allégés

Autres coupes dans le système scolaire: le Conseil d’Etat propose de réduire d’un quart les travaux manuels. L’enseignement religieux serait facultatif dans les dernières années d’école obligaoire.

Comme les autres employés du canton, les enseignants devraient renoncer aux futurs paliers salariaux et ne recevraient que la moitié du renchérissement.

La nouvelle ministre de l’éducation, la conseillère d’Etat Regine Aeppli, devrait prendre position vendredi en début d’après-midi. Quant aux enseignants, ils arriveront de tout le canton pour défiler dans la ville à partir de 17 heures.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich.

– Plus de la moitié des enseignants zurichois participent à la grève contre le programme d’économies:

– Le canton veut en effet économiser 15 millions de francs et permettre aux communes de faire de même pour un total de 30 millions.

– Les travaux manuels seront réduits d’un quart, l’enseignement religieux sera supprimé au niveau secondaire, les moyens alloués aux structures d’appui et aux cours d’encouragement pour élèves talentueux seront réduits à 7,5 millions.

– Les classes seront agrandies à 28 élèves et 350 places d’enseignants ainsi supprimées.

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