Le blues des radios Internet
La Suisse compte une vingtaine de radios Internet, toutes très spécialisées et loin des créneaux commerciaux.
Malgré les coûts encore faibles, les pressions commerciales se font sentir. Celles qui survivent suscitent toutefois des vocations.
Les toutes premières radios Internet existent depuis huit ans environ. A leur origine, on retrouve toujours des passionnés séduits par la liberté de ton qu’offre ce média, sans directeur de programme, ni contraintes commerciales.
Toutes extrêmement spécialisées, ces radios se concentrent sur des styles musicaux qui n’ont pas leur place sur les fréquences hertziennes. Elles fonctionnent aussi souvent comme un outil de promotion planétaire d’artistes locaux.
Et naturellement, les musiques actuelles, flirtant avec l’électronique sont majoritaires. Mais pas seulement, puisqu’on trouve à Neuchâtel une radio spécialisée dans le funk des années 80 (lemixx.com).
Au-delà des frontières nationales
Ces radios n’accueillent souvent qu’une petite centaine d’auditeurs simultanément. Mais elles possèdent des archives phénoménales. Et deviennent donc des radios d’accompagnement pour un public très ciblé, bien au-delà des frontières nationales.
En Suisse, il existe une vingtaine de radios purement Internet, selon la Suisa, la Société suisse pour les droits d’auteurs.
La toute première, Basic.ch, date de 1998. Elle est née des cendres d’une radio pirate hertzienne éphémère. Artamis, une ancienne friche industrielle genevoise devenue un site culturel alternatif.
Et six ans plus tard, 140 dj’s et musiciens locaux ou étrangers continuent toujours de distiller 7 jours sur 7 mixes et autres lives. Tous les styles que la musique électronique compte – de la techno à l’électro-jazz en passant par le Reggae – sont représentés.
Pas d’émissions parlées
Caractéristique des radios Internet: elles offrent peu d’émissions parlées. «C’est inhérent à la diffusion planétaire sur Internet. Les créneaux horaires et la langue posent des problèmes», confirme Steve Ritschard, initiateur de Lemixx.com qui compte des auditeurs jusqu’au Japon.
On trouve toutefois de tout sur le net, du projet alternatif à la radio hertzienne qui souhaite élargir son audience, constate le spécialiste multimédia de la Radio suisse romande, Stéphane Laurenceau.
Il va sans dire que les moyens financiers de ces dernières «ont contribué à écraser pas mal de projets amateurs, ajoute Yvan Huberman, cofondateur de Basic.ch. Il y en a finalement peu qui ont survécu».
La diffusion ponctuelle de concerts en direct (streaming) est aussi très courante. C’est ce que propose Boombox.net depuis 1996 déjà.
Toutes ces radios favorisent d’ailleurs les synergies, par des échanges d’émissions, ainsi que la flexibilité et la mobilité. L’idéal du village global, en somme!
Cette souplesse leur vaut d’ailleurs de participer à des projets d’art contemporain ou à des festivals musicaux partout en Suisse et en Europe.
Le prochain rendez-vous international auquel devraient participer Basic.ch, Boombox.net et Audioasyl.net sera Sonar début juin en Espagne, un festival dédié aux nouvelles cultures.
Le coup de pouce de l’ADSL
Avec le développement des lignes à haut débit (ADSL), la vague des radios Internet n’est donc pas prête de tarir.
Dernière en date, Audioasyl.net est le fait d’un collectif de passionnés de musiques électroniques. Comme ses consœurs, ses moyens sont dérisoires.
Un PC, deux platines, une table de mixage, lecteurs CD, DAT ou MD, le tout niché dans la cave d’un immeuble résidentiel zurichois qui abrite lui-même un bar où des dj’s jouent le week-end.
Voilà pour le «hardware», l’investissement de base, auquel s’ajoute un software pour encoder le son.
Et enfin, pour diffuser sur Internet et accueillir les internautes, il faut «louer» à un provider un espace sur une bande passante.
Et c’est précisément ce qui est le plus onéreux. Environ un millier de francs par mois pour 100 auditeurs simultanés.
Le prix du succès
Si les coûts sont relativement modestes, il ne faut pas oublier que plus une radio a de succès en termes d’auditeurs, plus ça lui coûte. Lemixx.com paie par exemple 1 dollar par mois et par auditeur. Un coût qui limite évidemment leur nombre.
D’autant que la plupart de ces passionnés financent leur radio de leur poche, ou par le biais de soirées musicales. Mais sans sponsors.
«C’est tout de même spectaculaire, qu’on ait fait porter le succès d’une opération Internet à ceux qui la conduisent, pourtant sans but lucratif, déplore Yvan Huberman. Alors que le provider a tout intérêt, pour ses propres annonceurs, à héberger un projet qui attire du monde».
Au début de l’aventure des radios Internet, certains d’entre eux offraient ce service gratuitement. Mais les temps ont changé.
«Ils se sont rendu compte que ça leur coûtait, note Steve Ritschard. La bataille est donc rude pour trouver un provider avantageux. Ceux-ci sont souvent localisés aux Etats-Unis. Mais plus c’est loin, moins on a de contrôle en cas de problèmes».
swissinfo, Anne Rubin
– Les premières radios Internet datent de 1995.
– Elles sont pour la plupart musicales et très spécialisées dans un genre.
– En Suisse, Basic.ch est la première (1998).
– Paradoxalement, plus les auditeurs sont nombreux, plus ça coûte à la radio.
– Avec le développement des lignes à haut débit, ce type de diffusion va encore se développer
– A l’avenir, certaines radios pourraient proposer des programmes de plus en plus personnalisés aux auditeurs.
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