Les visages tuméfiés de Yan Pei-Ming
Dans le cadre d'une collaboration transfrontalière, Genève, Dijon et Besançon présentent les oeuvres du peintre chinois.
La figure humaine est au centre de ces trois expositions qui se font écho.
«Yan Pei-Ming, fils du dragon. La formule s’inscrit comme une devise au fronton de trois institutions: le Musée des Beaux-Arts de Dijon, le Musée des Beaux-Arts de Besançon et le Musée d’Art et d’Histoire de Genève.
Ces trois lieux se transforment, l’instant d’une exposition, en espace de découverte et d’échange ouvert au vent de la peinture chinoise.
En l’occurrence, celle réalisée par Yan Pei-Ming, dessinateur et sculpteur également, né à Shanghaï en 1960, aujourd’hui établi en France où il travaille et enseigne.
Une sélection d’œuvres
Les musées précités organisent donc trois expositions qui s’inscrivent dans le cadre d’une collaboration transfrontalière et fonctionnent en écho. Y sont regroupées les différentes thématiques abordées par Ming.
Dijon a choisi les «Portraits chinois», une sélection d’une trentaine d’œuvres de l’artiste, parmi les plus récentes. Besançon a misé sur les «Portraits de Mao», célèbre série consacrée à la figure du Grand Timonier.
Quant à Genève, elle expose les «Dessins intimes» de Ming. Une même problématique cimente les trois expositions: la représentation de la figure humaine.
Figure défigurée, oserait-on dire, notamment dans les oeuvres exposées à Genève. Soit une vingtaine de dessins au fusain que l’on peut voir comme autant de «tableaux d’exécution», pour reprendre le titre d’une pièce du dramaturge anglais Howard Barker.
C’est dire que la plume de Ming est dramatique. Ses «Têtes», ses «Doubles têtes», son «Autoportrait», le portrait de son père, celui de son «Oncle aveugle» et tant d’autres visages, offrent au visiteur un faciès souvent tuméfié.
Ici le sourire a disparu. Et lorsqu’il est esquissé (rarement), les lèvres se coincent soudain dans un rictus convulsé. Comme si la douleur, s’étant emparé des visages, compressait les traits jusqu’à la difformité.
Un combat contre la mort
On aurait dit que l’ensemble des figures exposées livrent une sorte de combat. Un combat contre la mort auquel nous sommes tous condamnés.
«Je peins comme si je faisais la guerre», écrit Ming. Normal pour ce «fils du dragon» chez qui la guerre est aussi la revendication d’une identité longtemps occultée par l’image de Mao, unique figure chinoise.
swissinfo, Ghania Adamo
«Yan Pei-Ming, fils du dragon», dessins intimes. Genève, Musée d’Art et d’Histoire. Jusqu’au 24 août. Tel: 022/418 25 00
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