Mdvanii, qui aime mais ne sourit pas
La Maison d'Ailleurs à Yverdon-les-Bains propose une nouvelle exposition intitulée «Mdvanii, Souvenir de la Terre». Au centre de celle-ci, les poupées - oeuvres d'art signées par l'excentrique touche-à-tout BillyBoy et son compagnon Lala.
Mdvanii est une poupée pour adultes. Ce qui ne veut pas dire latex gonflable aux traits grossiers. Loin de là. Côté matières, Billyboy et Lala ont opté tout d’abord pour la résine, puis pour la porcelaine de Sèvres. Et côté démarche, pour la finesse et l’esthétisme.
BillyBoy et Lala vont même plus loin: «Mdvanii a sa personnalité propre: c’est un médium qui n’a de la poupée que l’apparence». Et Lala d’ajouter: «Barbie est un jouet industriel pour enfants. Mdvanii est une expression artistique, qui dès le départ a été faite pour les adultes. Elle revendique donc des thèmes impensables pour un objet commercial: elle est sexuée, peut même être bisexuelle si ça lui chante, elle n’a pas un boyfriend mais un amant, elle lit et elle ne sourit pas!»
La croisée de deux parcours
BillyBoy, d’origine autrichienne, a grandi aux Etats-Unis avant de s’installer en France, puis en Suisse. Peinture, collages, création de bijoux au succès immédiat, il se positionne également en tant qu’expert de l’histoire de la haute couture.
Il a ainsi signé des articles pour Vogue, Harper’s Bazaar ou Elle. Et c’est lui le premier qui proposera aux grands couturiers d’habiller la poupée Barbie, à laquelle il fera également porter ses propres créations. En 1986, il publie «Barbie, Her life and Times», qui sera traduit en 14 langues.
De son côté, Lala, alias Jean-Pierre Lestrade, est à l’origine musicien, mais il s’est toujours passionné pour le dessin. En 1983, sa rencontre avec BillyBoy va bouleverser sa vie: «On s’est entendu tout de suite, on a commencé à travailler ensemble. On ne s’est jamais quitté, et on n’a jamais arrêté de créer depuis».
En 1989, sur la proposition du Pygmalion BillyBoy, c’est donc ensemble qu’ils créent Mdvanii. «Nous avons une communication qui est presque cosmique. Mdvanii, c’est lui et moi, c’est notre histoire, c’est un reflet absolu de notre relation», explique Lala.
Le monde de Mdvanii
L’élégante et érotique Mdvanii n’est pas seule au monde. Une douzaine de personnages l’entourent: son amie afro-européenne Dheei, ses jeunes sœurs Edie et Tzulli. Mais aussi des hommes: Zhdrick ou Muio-Bix, par exemple.
Pour habiller leurs personnages, BillyBoy et Lala jouent sur de multiples styles, qui se réfèrent au passé comme au futur: «Il y a deux ans, nous avons associé des vêtements typés 1900 complètement explosés, recyclés, à des corsets organiques, qui dégoulinent d’une façon très dalinienne.»
Le duo va plus loin en inventant notre look de demain: «Cela a abouti à des vêtements entièrement organiques: des combinaisons liquides, vivantes, qui se collent à la peau. Quand on va dans un magasin, on choisit une veste à sa taille. On peut imaginer qu’un jour les vêtements pourraient être adaptés au PH de chaque peau, comme une deuxième peau, et dont on se débarrasse en passant sons une douche bionique, et cela disparaît instantanément, sans eau évidemment». Evidemment.
La science-fiction revisitée
Les œuvres de science-fiction, en général, nous projettent dans le futur pour mieux dire métaphoriquement notre présent. Au travers de Mdvanii, quel est donc le propos que souhaitent tenir BillyBoy et Lala?
«Ces poupées nous disent que le futur n’existe pas sans passé, et que le futur est nécessairement un fantasme esthétique. Mdvaani exprime une vision du futur dans lequel le passé est continuellement recyclé. La poupée ‘Marie-Antoinette for ever’ montre ainsi que le 18e siècle, comme le 19e ou le 20e, seront toujours des sources d’inspiration» répond Lala.
Leur intention est donc esthétique avant tout. Pourtant, derrière la beauté sophistiquée de ces êtres miniatures se cache aussi une intention sinon politique, en tout cas morale.
Car leur science-fiction à eux ne projette pas un monde peuplé de créatures extraterrestres diaboliques ni de lasers destructeurs. Plutôt une société où la beauté domine, et où la différence est acceptée. Un monde enfin où une femme peut être «Beautiful but not Bimbo», comme disait en titre le New York Times à propos de la séduisante Mdvanii.
Bernard Léchot
«Mdvanii, Souvenir de la Terre», à la Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains, jusqu’au 13 janvier 2002.
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