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Paillettes ou hémoglobine?

A Neuchâtel, hasard du calendrier, le merveilleux côtoie l’angoisse! swissinfo.ch

Neuchâtel. D'un côté, le Cirque Knie. De l'autre, le Cinéma Apollo et l'International fantastic film festival.

Paillettes ou hémoglobine, il suffit de traverser une rue pour passer du rêve au cauchemar.

Avenue du 1er Mars, jeudi. Côté lac, sur la Place du Port, le chapiteau du Cirque Knie se dresse, pour le dernier jour de son étape neuchâteloise.

Côté montagne, les trois salles du cinéma Apollo continuent de vivre à l’heure du NIFFF, le Neuchâtel international fantastic film festival. Deux événements qu’à priori rien ne rapproche. Mais il faut se méfier des à priori.

Un univers immuable

C’est en 1803 – il y a exactement 200 ans – que Friedrich Knie renonce à ses études de médecine et se joint à une troupe d’écuyers… En 1819, il fonde le Cirque Knie. Et depuis, la famille Knie reste fidèle à la notion de cirque traditionnel à l’européenne. Numéros magnifiques, successifs et bien alignés.

Les chevaux sont flamboyants comme ceux de Barbie. La virtuosité des jongleurs est hallucinante (Picaso Jr). Les acrobates époustouflants (Truppe Kovgar). Les trapézistes sensuels et éthérés à souhait (Duo Passion). Le burlesque est également de la partie (avec notamment Massimo Rocchi et plusieurs clowns), car tout royaume de conte de fée a ses bouffons.

Le Cirque Knie du 3e millénaire est un espace hors du monde. Suspendu dans l’espace (la bulle qu’est le chapiteau) et suspendu dans le temps. Un univers qu’en littérature, on qualifie de «merveilleux»: un monde parallèle, posé comme tel.

Un monde qui fonctionne néanmoins sur des ressorts très humains. Le rêve, bien sûr, parce qu’on nage entre le clinquant et la poésie. La peur ensuite, par exemple lorsque les acrobates aériens transgressent le vide. Le sexe, aussi, parce que les tenues savamment moulantes des artistes ne sont pas innocentes.

Le sexe… la peur… le rêve, ou plutôt son corollaire, le cauchemar: ce sont trois ingrédients majeurs qu’on retrouvera, apprêtés à une toute autre sauce, de l’autre côté de l’avenue.

«Le Mal»

De l’autre côté de l’avenue, on projette «Deathwatch», du Britannique Michael J. Bassett. Nous sommes en 1917, sur la ligne de front. Pluie. Obscurité. Boue. Obus. Crasse. Sang. Horreur. La caméra fouille le bourbier, fouille les corps, fouille la mort. Elle filme sombre, mouillé.

Un détachement britannique se terre dans une tranchée allemande qu’il a prise d’assaut. Angoisse permanente. Et la folie monte. Est-ce elle qui fait s’entretuer les hommes du même camp? Est-ce elle qui leur fait entrevoir un monstre sous-terrain avide de cadavres? Ou le monstre existe-t-il vraiment? «Le Mal», comme disent les soldats…

«Fantastique: créé par l’imagination; chimérique», dit le Petit Larrousse. Avec «Deathwatch», on est en plein dedans. Un réalisme extrême, mais, progressivement, un angle décalé qui suscite le doute, puis la terreur, et l’éventualité d’une dimension qui nous échappe.

Le «X» s’invite au festival

Depuis quelques jours, le Musée ethnographique de Neuchâtel propose une exposition intitulée «X – spéculations sur l’imaginaire et l’interdit». Le festival a décidé de s’y associer avec une mini-section intitulée «Flesh for fantasy».

«On a voulu travailler avec le musée sur cette passerelle qu’il y a entre le corps objet de plaisir et le corps objet de déchéance», explique Olivier Müller, directeur du festival.

Et les organisateurs de programmer un court-métrage «Exercise of Steel», du Français Marc Caro, un très bel exercice de style en effet, aussi esthétique que hard, où de vigoureuses machines remplacent l’homme auprès de dames très demandeuses.

Côté long-métrage, il y aura samedi «Flesh Cafe», un film de 1982 qui, semble-t-il, mêle intelligemment pornographie et science-fiction. Pas de chance, ce jeudi, c’était le pan «corps objet de déchéance» qui était à l’affiche, avec le film «I, Zombie», d’Andrew Parkinson.

Ou l’histoire d’un jeune british en voie de zombification condamné à l’anthropophagie pour tenter de prolonger sa triste existence. Et qui regrette le bon temps où il trouvait amour et réconfort auprès de sa douce compagne. C’est aussi mal ficelé qu’immonde.

Et c’est sans succès qu’on cherchera une relation quelconque avec l’exposition du musée ethnographique qui, elle, joue sur la provocation intelligente et l’humour. Si l’intention des organisateurs est à saluer, le choix de la programmation, en l’occurrence, nous laisse sérieusement dubitatif.

Monde kitsch et onirique de Knie. Monde cauchemardesque et troublant de «Deathwatch». Monde glacial et brûlant de «Exercise of Steel». Monde affligeant de «I, Zombie»… En une journée, Neuchâtel offrait un saisissant panorama de l’imaginaire humain.

swissinfo, Bernard Léchot

Jusqu’au 6 juillet, le Neuchâtel International Fantastic Film Festival vit sa troisième édition et projette une quarantaine de films en provenance de 10 pays.

Au programme, une compétition de longs-métrages internationaux, une autre de courts-métrages suisses, une section intitulée «Nouveau cinéma d’Asie» et une rétrospective consacrée à l’Américain Ray Harryhausen.

Le Cirque National Suisse Knie est en tournée jusqu’au 23 novembre. En 241 jours de tournée, il passera dans 47 localités suisses et proposera 358 représentations, données par 40 artistes venus du monde entier.

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