Paléo: des milliers de sourires synchrones
Mercredi, la québécoise Lynda Lemay a fêté son anniversaire devant un public attentif et heureux. Qui ne cessait de sourire que pour rire franchement. Une heure trente hors normes grâce à une chanteuse qui ne l'est pas moins.
Il y a bien vingt ans que l’expression «chanson à texte» fait glousser tout le monde. Quelques anciens représentants du genre ont pu surnager, mais imaginer qu’un petit nouveau ou qu’une petite nouvelle puisse traverser le mur obtus des maisons de disque et des radios FM relevait du doux rêve. D’innombrables prétendants s’y sont cassés les dents, même s’ils avaient du talent. Et puis Lynda Lemay est arrivée. Et le tout-Paris s’est enflammé.
Exception culturelle
Le succès de Lynda Lemay est agaçant, parce qu’il nous rappelle qu’elle est l’unique reflet de ce que pourrait aussi être la chanson si ceux qui la commercialisent avaient moins d’œillères, et surtout moins envie de rentabilité immédiate.
Alors, Lynda Lemay, juste un effet de mode boosté par un microcosme parisien sensible aux recommandations de Charles Aznavour? Non, évidemment non, et elle en a donné la preuve mercredi à Nyon, devant un public suspendu à ses lèvres, qu’elle a d’ailleurs charmantes.
Vêtue d’une robe de squaw et de ses cheveux qui descendent à la hauteur de ses reins («pour se venger des coiffeurs», dit-elle), elle est entourée de trois musiciens, piano, guitare, violon. Chaque note, chaque mot sont distincts.
Sur scène, des bouquets de tournesols, et un lit blanc, car la dame a souhaité avoir sa chambre à coucher pour décor. Mais elle ne l’utilise pas comme Madonna, en public en tout cas: chez Lynda Lemay, c’est plutôt un lieu d’intimité et de confidence.
Rire et émotion
Alors justement, elle se confie, jouant habilement du mélange entre fiction et récit autobiographique. Emotion lorsqu’elle aborde le thème de l’avortement, tendresse quand il s’agit d’évoquer l’amour qui unit ses parents («Le plus fort c’est mon père»), provocation parfois dans le choix des mots, et franche rigolade lorsqu’elle chante les ronflements de son homme ou ces «Maudits Français». Ou quand elle nous offre un cours accéléré de québécois.
«Je saute du coq à l’âme, d’où le titre de mon dernier album», constatait-elle lors de la conférence de presse qui a précédé le spectacle. «Quand je vais voir un spectacle, je n’aime pas que l’artiste reste trop longtemps dans la même émotion. On tombe dans la lune. Et moi j’essaie de faire que les gens qui viennent m’écouter ne tombent pas dans la lune. Alors je saute d’un extrême à l’autre de l’émotion, ce qui me permet aussi de rester dedans, et d’avoir tout au long du spectacle le même plaisir à mordre dans mes chansons. Et le public me suit sur cette voie».
On le comprend. Lynda Lemay écrit au scalpel. Compose avec talent. A une belle voix. De magnifiques yeux clairs. Elle est naturelle et sensible. Et aime rire. C’est tout? Non. Elle parvient même à rendre séduisant l’accent québécois. Et ça, c’est un véritable exploit.
Bernard Léchot
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