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Comment la Banque nationale peut stopper la hausse des taux

La Banque centrale japonaise à Tokyo. Keystone / Katsumi Kasahara

Aux États-Unis et en Suisse, les taux d’intérêt sur la dette publique augmentent. Ce qui renchérit le financement des mesures imposées par la crise sanitaire. Le Japon n’a pas ce problème, puisque la Banque centrale empêche les taux de grimper. La recette nipponne serait-elle aussi valable pour la Suisse?

Ce contenu a été publié le 18 mars 2021 - 11:32
Fabio Canetg

Les politiques se sont lancés à corps perdu dans les dépenses. La semaine dernière, le Congrès américain a adopté un plan de relance de 1900 milliards de dollars. Ce qui va faire monter la dette américaine à un niveau qu’elle n’avait plus connu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le Parlement suisse n’est pas moins dépensier. Récemment, il a augmenté l’enveloppe financière destinée aux cas de rigueur de cinq à plus de dix milliards de francs. Et parallèlement à la hausse des dépenses, on voit les taux d’intérêt sur la dette publique augmenter dans les deux pays.

La hausse de l’inflation est prévisible

Si les taux augmentent, c’est en raison des prévisions de hausse de l’inflation. C’est un peu comme avec un ordinateur: si vous prêtez votre ordinateur à quelqu’un pendant quelques années, vous allez certes le récupérer au terme de la période de prêt, mais il aura perdu une partie de sa valeur.

Il en va de même avec l’argent: si un investisseur prête aujourd’hui un million de francs à un État, il récupérera son argent un jour, mais avec le million rendu, il pourra se permettre moins de choses qu’aujourd’hui. Simplement parce que les prix auront augmenté. C’est pour cela que les prêteurs exigent des taux plus élevés en compensation de la hausse prévisible des prix.

Pour l’État, c’est une charge. Si les taux augmentent, le Ministère des finances doit consacrer une part plus importante de ses revenus au service de la dette. Il reste donc moins d’argent pour la formation, l’armée, ou les services sociaux.

L’approche japonaise

C’est en partie pour éviter cela que la Banque centrale japonaise a promis - dès 2016 déjà - de maintenir les taux zéro sur la dette publique. Ce type de politique monétaire est connu sous le nom de contrôle de la courbe de taux (yield curve control).

Pour la Banque centrale, cette politique représente un risque. Avec cette promesse, elle peut être amenée à devoir financer l’entier du déficit de l’État.

En effet, quand les investisseurs prévoient une hausse de l’inflation, ils exigent généralement des intérêts plus élevés. C’est ce que montrent les données en Suisse et aux États-Unis. Comme les taux sont en hausse, les investisseurs continuent à prêter aux deux pays.

Au Japon, c’est une autre histoire. Ceux qui s’attendent à une inflation plus élevée ne peuvent pas imposer une hausse des taux. La promesse de taux zéro faite par la Banque centrale nipponne l’empêche tout simplement.

Contenu externe

En conséquence, lorsque les prévisions d’inflation sont à la hausse, les investisseurs ne prêteront plus d’argent au Trésor japonais, et ce sera à la Banque centrale de prendre en charge le financement de l’État.

Les mauvaises expériences de la Fed américaine

Ce type de financement peut conduire les politiques à dépenser encore plus d’argent. Dans le pire des cas, des dépenses publiques élevées au mauvais moment peuvent mener à une dépréciation de la monnaie qui s’autoalimente.

C’est au plus tard à ce moment qu’un contrôle bien intentionné de la courbe des taux devient contre-productif. Une forte hausse des prix a en effet pour conséquence de ralentir l’économie. Au lieu de s’occuper de lancer de nouvelles lignes de produits, les directions des entreprises passent leur temps à adapter en permanence les prix de leurs biens et services. C’est ce qui est arrivé après 1946 aux États-Unis. C’est à cette époque que la Réserve fédérale a eu recours au contrôle de la courbe des taux pour la dernière fois.

La Suisse va-t-elle aussi contrôler la courbe des taux?

Malgré ces risques, la Banque centrale australienne contrôle aussi actuellement les taux sur les dettes publiques. «En Australie, le contrôle de la courbe des taux fonctionne plutôt bien», note Anjeza Kadilli, qui suit la politique de la Banque centrale australienne pour Pictet Asset Management.

Selon ses observations, l’institut d’émission de Sydney a pu stabiliser à 0,1% les taux sur les dettes publiques à trois ans. C’est aussi une des raisons pour lesquelles le chômage est aujourd’hui nettement inférieur aux prévisions. Cela n’a donc pas conduit à une poussée de l’inflation.

Avec un contrôle de la courbe des taux, la Banque nationale suisse (BNS) pourrait, elle aussi, veiller à ce que le coût de financement des dépenses liées à la pandémie reste bas. La BNS le confirme indirectement en reconnaissant le lien entre le contrôle de courbe des taux et les coûts de financement.

«Nous observons attentivement les mesures prises par les autres banques centrales et nous examinons leur pertinence pour la Suisse», explique la BNS. Mais elle ne dit pas si la question du contrôle de courbe des taux sera à l’ordre du jour de sa prochaine séance.

Que pensez-vous du contrôle de la courbe de taux? La BNS doit-elle maintenir bas les coûts de financement pour la Confédération? Vous pouvez en discuter avec l’auteur en français, allemand ou anglais, sur son compte Twitter, qui se trouve iciLien externe.

Fabio CanetgLien externe a fait sa thèse de doctorat en politique monétaire à l’Université de Berne et à la Toulouse School of Economics. Il enseigne aujourd’hui à l’Université de Neuchâtel.

Il écrit pour swissinfo.ch et pour die Republik en tant qu’auteur indépendant. Il anime également le podcast GeldcastLien externe, sur la politique monétaire.

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