L'intelligence artificielle (IA) a investi les marchés mondiaux. Etats-Unis et Chine sont les plus dynamiques dans les demandes de brevet, a indiqué jeudi l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) dans un rapport. La Suisse est largement devancée.

"Il y a eu une augmentation très évidente et plutôt prononcée de l'activité de brevets liés à l'intelligence artificielle", a affirmé le directeur général de l'OMPI Francis Gurry devant la presse à Genève. Le degré de pénétration dans les branches industrielles et commerciales est "très vaste". Une situation qui montre que le système de brevets est adapté à ces technologies, selon M. Gurry.

Leur apport à la société dépendra de leur utilisation. Celle-ci peut aller du soutien au diagnostic dans la santé aux armes autonomes, explique M. Gurry.

Part encore basse

Si la croissance est supérieure à celle de l'économie, la part de l'IA dans le nombre total de dépôts de brevets dans le monde reste pour le moment très basse. De 0,6% en moyenne depuis plus de 50 ans, elle s'est établie à 1,3% en 2016. Plus de la moitié des 340'000 innovations des années 60 à 2016 sur ces technologies ont fait l'objet d'un dépôt de brevet depuis 2013.

Les Etats-Unis et la Chine "ont pris la tête" en terme de demandes de brevet, mais aussi parmi les 1,6 million de publications scientifiques, notamment en raison de leur large accès aux données, relève M. Gurry. Ils sont suivis par le Japon.

Ces pays trois ont attiré près de 80% des demandes. Visée régulièrement par les Etats-Unis pour le transfert forcé de technologies en échange d'un accès d'entreprises américaines à son marché, la Chine n'a pas caché son souhait de devenir le numéro un mondial de l'IA d'ici 2030.

Pharma ou banques

Une nouvelle concurrence qui pourrait renforcer à terme les tensions commerciales entre les deux pays. Les technologies ont toujours apporté des avantages, selon M. Gurry. L'étendue de l'impact de l'IA "ne peut être évaluée actuellement", estime-t-il. Mais celle-ci constituera un élément important dans le positionnement international des principaux acteurs, selon lui.

Parmi les déposants, les entreprises sont les plus actives. Elles constituent 26 des 30 premiers. Le reste est lié à des universités ou institutions publiques de recherche, dont trois sont chinoises.

Les cinq plus dynamiques sont deux sociétés américaines, deux japonaises et une sud-coréenne. Aucune entreprise helvétique ne figure dans ce "Top 30". La Suisse est totalement absente parmi les principaux acteurs d'un secteur qui reste pour le moment très national.

Elle ne s'appuie que sur une production pour huit millions de personnes et ne bénéficie pas des mêmes "ressources" à investir que les Etats-Unis et la Chine, a précisé M. Gurry à Keystone-ATS. Pour autant, les entreprises pharmaceutiques ou les banques feront partie de celles qui recourront à ces technologies, dit-il.

Bras robotisés ou smartphones

Parmi les techniques, le type de systèmes appliqué notamment par le covoiturage pour éviter les détours est observé dans plus d'un tiers des dépôts de brevets. Ils sont passés de moins de 10'000 demandes en 2013 à plus de 20'000 en 2016. Les dépôts liés aux systèmes de reconnaissance vocale ont été multipliés par 20, de 118 à 2399.

Par application, les systèmes utilisés pour les voitures sans chauffeur sont mentionnés dans près de la moitié des brevets liés à l'IA. La robotisation est passée elle de plus de 620 demandes en 2013 à près de 2300 en 2016. Et les technologies pour des produits comme les bras robotisés ont progressé de 193 à 698.

Les transports constituent l'une des branches où la croissance liée à l'intelligence artificielle est la plus rapide. Au total, 8764 dépôts ont été lancés en 2016, en augmentation de 134% par rapport à 2013. Suivent les télécommunications, avec près de 6700 demandes en 2016, en hausse de près de 85%, et les biosciences et sciences médicales, à 4112 dépôts en 2016, en progression de 40%.

En 2016, le nombre de dépôts liés à des instruments personnels comme les smartphones est passé à 3977, en progression de plus d'un tiers. L'OMPI souhaite entamer une discussion avec les Etats membres "sans les alarmer" sur de possibles réglementations.

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