Les députés veulent de nouvelles assises de la chaîne pénale
Le Grand Conseil vaudois a largement accepté mardi la mise sur pied de nouvelles assises de la chaîne pénale. Celles-ci doivent permettre à tous ses maillons - policiers, juges, détenus, avocats, services médicaux, gardiens de prison, etc -, de se rencontrer et de dialoguer, entre autres sur la question de la surpopulation dans les prisons vaudoises.
(Keystone-ATS) «Les dernières assises ont eu lieu en 2018, soit avant la crise du crack, qui a notamment eu pour effet une hausse de la criminalité», a déclaré Denis Corboz, auteur de la résolution déposée au nom de la Commission des visiteurs de prison. Il a estimé que de nouveaux thèmes pourraient être abordés à cette occasion, comme les alternatives à la prison ferme et les raisons de la hausse des troubles psychiatriques chez les détenus.
L’élue de la gauche radicale Mathilde Marendaz a, pour sa part, estimé nécessaire que des chercheurs travaillant sur le milieu carcéral et disposant de données scientifiques et empiriques participent aux assises.
Le conseiller d’Etat en charge de la sécurité, Vassilis Venizelos, a qualifié ces assises de «bonne idée» au vu de la nécessité d’un «débat de société». Il a cependant relevé que le dialogue visant à trouver des solutions en matière carcérale était déjà «constant».
Rapport préoccupant
Au moment du vote, les députés ont massivement accepté la résolution avec un avis contraire et quelques abstentions. Plus tôt dans la matinée, le plénum avait accepté à l’unanimité le rapport annuel 2024-2025 de la Commission des visiteurs du Grand Conseil.
Celui-ci, présenté au début février, épinglait une nouvelle fois les conditions de détention dans le canton. Il jugeait «particulièrement préoccupantes» la surpopulation carcérale, la hausse des cas de troubles psychiques ainsi que la durée de détention dans les zones carcérales, prévues pour un maximum légal de 48 heures mais allant parfois jusqu’à 62 jours.
Mme Marendaz a dénoncé la «vision court-termiste» du gouvernement, consistant à créer plus de places de détention, au lieu de se pencher sur le fond du problème. Elle a souligné que le canton incarcérait deux fois plus que la moyenne suisse, malgré des tendances criminelles égales.
Alternatives demandées
Le Vert Pierre Zwahlen a appelé à intensifier la recherche d’alternatives à l’incarcération comme la justice restaurative, les arrêts domiciliaires ou les travaux d’intérêt général. «La prison est le comble de l’inefficience: elle coûte beaucoup plus cher et favorise la récidive», a-t-il plaidé.
L’UDC José Durussel a de son côté relevé que les places de détentions ne pouvaient pas être étendues à l’infini. Il a appelé à des «mesures fédérales» afin que «davantage de criminels soient expulsés».
M. Venizelos a assuré les députés que le gouvernement disposait d’une stratégie et agissait «au quotidien sur les conditions de détention». Il a toutefois reconnu qu’avec un record de 282 détenus vaudois actuellement placés dans d’autres cantons et 975 incarcérés sur sol vaudois, la situation était «extrêmement tendue». Il a estimé que des modifications du Code pénal étaient nécessaires.