«La politique ne se limite pas à déposer des motions!»
Après voir influencé la politique sociale en dix-sept ans passés au Conseil national, le Fribourgeois Hugo Fasel a fait ses adieux au Parlement. Sa plus grande victoire: l'augmentation des allocations familiales. Le syndicaliste entend désormais se consacrer à Caritas, qu'il dirige depuis le 1er octobre.
«Il y a toujours des dossiers qui ne sont pas clos. Je suis un animal politique et j’aimerais en faire pendant encore trente ans», dit d’emblée Hugo Fasel.
«Mais, avec Caritas, je peux poursuivre dans ma spécialité, la politique sociale, ajoute le bouillant chrétien-social. Le temps de la charité est révolu, il faut combattre les causes de la pauvreté.»
Et c’est grâce au travail en profondeur de Caritas que la question des «working poor» a attiré l’attention en Suisse. Pour le célèbre moustachu, il faudrait être naïf pour croire que faire de la politique se limite à «déposer des motions parlementaires».
Hugo Fasel dit avoir décidé de quitter l’arène parlementaire pour faire face aux exigences de son nouvel emploi, qui implique notamment de nombreux déplacements à l’étranger. «Je n’ai jamais aimé faire les choses à moitié», dit-il.
La question de l’influence
Elu en 1991 pour la première fois au Conseil national, Hugo Fasel était un marginal en politique. Il venait de ravir le siège occupé pendant des décennies par les démocrates-chrétiens singinois. Syndicaliste au sein d’un petit mouvement, celui des ouvriers chrétiens, il avait battu un avocat d’affaires PDC.
Très vite, le Fribourgeois se fit remarquer sur la scène nationale. Avec des mots forts et, parfois, des provocations, il devint bientôt un habitué des émissions politiques.
«Pour moi, l’enseignement le plus précieux a été de comprendre que la démocratie ne fonctionne pas selon le principe «une personne, une voix», mais selon le principe d’influence. J’en avais, et ça, c’est typiquement suisse, parce que j’avais un syndicat derrière moi et donc, potentiellement, une organisation en mesure de lancer un référendum.»
L’économie prime sur l’Etat
«C’est ainsi qu’on m’a pris au sérieux. Je suis devenu un objet de compromis. Après notre référendum contre la révision de l’assurance vieillesse (AVS), j’étais désormais partie prenante.»
A ce moment-là, après la fin de l’époque communiste, une «idéologie réactionnaire s’est répandue. Les patrons déclaraient que l’économie primait sur l’Etat. Des milliers de personnes ont été licenciées».
«Nous étions sur la défensive, se souvient Hugo Fasel. Notre objectif était de défendre l’Etat social et nous avons réussi, globalement, alors que l’ambiance était extrêmement agressive. Toutes les attaques contre l’AVS ont échoué et l’assurance chômage a même été, partiellement, développée.»
Mais pour Hugo Fasel, son plus grand succès politique, a été l’acceptation populaire, le 26 novembre 2006, d’une allocation familiale de 200 francs minimum par enfant. Tous les cantons ont dit oui, pour une approbation finale de 68%.
«Quand nous avions commencé la récolte des signatures, tout le monde nous disait qu’on était fous, raconte-t-il. Economiquement, le moment n’était pas très favorable pour un objet de politique sociale.»
Génuflexions
La crise actuelle est «frustrante mais aussi un peu réjouissante», note encore le politicien. Pendant dix-sept ans, «j’ai dû me battre» contre les processus de privatisation en cours à la Poste, aux CFF et chez Swisscom. «Il y a cinq ans, j’ai été un des premiers à dire que les salaires des patrons n’étaient pas loin de la corruption. On m’a rétorqué que j’étais simplement jaloux…»
Aujourd’hui, le système s’est cassé la figure. Hugo Fasel ne cache pas qu’il éprouve une certaine satisfaction à voir «les personnes qui, autrefois, voulaient abolir l’Etat, se mettre aujourd’hui à genoux devant ce même Etat».
En revanche, il est «frustrant que ce soient les citoyens qui doivent payer pour cela, soit avec leurs impôts, soit parce que l’inflation fait baisser leur pouvoir d’achat.»
«Beaucoup de blessures»
Lors de l’éviction de Christoph Blocher, le 12 décembre 2007, l’explosion de joie d’Hugo Fasel n’avait échappé ni aux photographes ni aux caméras de télévision. Ces images ont fait le tour du pays.
«Le nombre de parlementaires qui se sentaient blessés par Blocher ne faisait qu’augmenter», explique le chrétien-social. Selon lui, «le Zurichois avait construit pendant des années une culture de la polarisation politique qui a permis, peut-être, de nommer les problèmes par leur nom, mais qui a aussi cassé des personnes, ce qui est tout autre chose.»
«Le 12 décembre, je me suis réjoui de voir désavoué ce genre de comportement politique», conclut Hugo Fasel.
swissinfo, Andreas Keiser
(Traduction de l’allemand: Ariane Gigon)
Né le 4 octobre 1955 à Alterswil, dans le district de la Singine (germanophone) du canton de Fribourg.
Etudes d’économie à l’Université de Fribourg.
1986-1989: secrétaire central de la Confédération des syndicats chrétiens de Suisse (CSC).
1990-2003: président de la CSC.
2005-2008: président du syndicat Travail Suisse, qui a succédé à la CSC.
1991-2008: représentant du Parti chrétien-social à la Chambre du peuple.
Depuis le 1er octobre 2008: directeur de Caritas Suisse.
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