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Maya Graf: «Nous décidons aussi pour nos compatriotes qui vivent dans les pays de l’UE»

Maya Graf
« La situation actuelle exige beaucoup de courage pour oser le changement », déclare Maya Graf. Balz Rigendinger / Swissinfo

La conseillère aux États écologiste Maya Graf défend également au Parlement les intérêts des Suisses de l’étranger. Dans notre série «La Cinquième Suisse sous la Coupole», elle explique ce qui motive son engagement.

Maya Graf, née en 1962, siège depuis 2019 au Conseil des États pour les Vert-e-s et le canton de Bâle-Campagne. Elle avait auparavant siégé au Conseil national dès 2001 et compte ainsi parmi les parlementaires les plus expérimentés sous la Coupole fédérale. En 2013, elle est entrée dans l’histoire en devenant la première écologiste à présider le Conseil national.

Elle s’engage notamment pour les questions environnementales, climatiques et d’égalité. Depuis de nombreuses années, elle copréside également alliance F, la faîtière des organisations féminines suisses.

Assistante sociale de formation, Maya Graf est également agricultrice et vit sur l’exploitation biologique familiale. Un parcours qui explique aussi son engagement en faveur des questions agroécologiques. Maya Graf est mariée et mère de deux enfants adultes.

Contrairement à la France ou l’Italie, qui accordent des circonscriptions électorales à leurs citoyens expatriés, les Suisses de l’étranger ne disposent pas de représentation directe sous la Coupole fédérale. Cela ne signifie pas pour autant que leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Plus de 60 députés et sénateurs (sur 246) sont membres de l’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger»Lien externe . Chaque semaine de session, nous donnons la parole à l’un d’entre eux dans notre nouveau format «ma session pour les Suisses de l’étranger». 

Swissinfo: Quelle a été pour vous la priorité de cette semaine de session?

Maya Graf: Incontestablement, le paquet de stabilisation et de développement des relations entre la Suisse et l’UE. C’est l’un des dossiers les plus importants que nous ayons jamais eu à traiter au Parlement. Nous consolidons pour les prochaines décennies les relations économiques et culturelles, déjà fructueuses aujourd’hui, avec nos voisins les plus proches. C’est une grande responsabilité.

Comment avez-vous vécu ces débats?

Au Conseil des États, nous n’avons pas suffisamment pris conscience du fait que ce dossier est d’une importance capitale pour les générations futures. Nous sommes nombreux ici à appartenir à la génération des baby-boomers, et la plupart des membres du Conseil ont plus de 60 ans. Nous ne vivrons plus toutes les conséquences de nos décisions. Nous décidons donc pour nos descendants. Je regrette beaucoup que, malgré cela, le débat parte le plus souvent de la situation actuelle. On pense que tout restera comme aujourd’hui et que la prospérité se poursuivra simplement ainsi, tant qu’on ne change rien. Or, nos accords bilatéraux s’érodent, car l’UE continue d’évoluer et le monde qui nous entoure change rapidement. Ils doivent donc être adaptés en permanence à de nouvelles exigences.

Nous prenons nos décisions dans un environnement toujours plus incertain, où le pouvoir prend le pas sur le droit, même dans un pays démocratique comme les États-Unis. C’est aussi pour cette raison qu’il deviendra toujours plus important de consolider nos relations économiques et culturelles avec nos voisins sur le continent européen.

Lors du débat d’entrée en matière, le conseiller fédéral Beat Jans a également mis l’accent sur les Suisses de l’étranger concernés. Comment cela a-t-il été perçu?

Je me suis alors demandé: pourquoi personne ne l’a-t-il encore dit jusqu’ici? Nous avons trop souvent l’impression de prendre nos décisions pour nous-mêmes, ici et maintenant. Mais nous décidons également pour les plus de 460’000 Suisses qui vivent et travaillent dans les pays de l’UE.

Malheureusement, on oublie souvent qu’ils disposent eux aussi des mêmes droits et ont besoin des mêmes droits que ceux que nous accordons aux citoyennes et citoyens de l’UE en Suisse. Cela vaut d’ailleurs également pour nos enfants et nos petits-enfants, qui veulent tout naturellement voyager, étudier et travailler en Europe.

Quels autres sujets vous ont occupée durant cette session d’automne?

L’accord avec le Mercosur, et le paradoxe qui l’accompagne. Il est en effet intéressant de constater que de nombreux détracteurs de l’UE et des Bilatérales III au Conseil des États sont issus des partis proches des milieux économiques, à savoir le PLR et le Centre. Ils critiquent le résultat des négociations avec nos voisins les plus proches, l’UE, mais disent sans réserve oui à l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Et cela sans conditions-cadres sociales et écologiques, concernant par exemple la forêt tropicale ou les droits humains.

Les mêmes personnes qui ont souligné dans ce cas l’impérieuse nécessité économique de cet accord rejettent aujourd’hui un accord avec le principal partenaire commercial de la Suisse, à savoir l’UE. Au vu des ordres de grandeur, c’est absolument incompréhensible. Actuellement, à peine 1,4% des exportations suisses sont destinées aux pays du Mercosur, contre 51% à l’UE. Les proportions ne sont vraiment pas comparables.

Comment voyez-vous actuellement la position de la Suisse dans le monde?

Le monde devient toujours plus incertain. Les rapports de force se déplacent. Les démocraties sont sous pression. C’est une situation difficile pour la Suisse, un pays qui a toujours évolué sur la scène internationale tout en restant neutre et qui, heureusement, dispose encore aujourd’hui d’une démocratie forte. Les circonstances actuelles exigent beaucoup de courage pour engager des changements. La Suisse doit s’adapter. Mais, parallèlement, nous devons rester fidèles à nos valeurs démocratiques fondamentales: la démocratie, l’État de droit et les droits humains.

Par ailleurs, la Suisse est très fortement touchée par la crise climatique. Beaucoup ne veulent pas le reconnaître, mais elle est bien là. Nous en faisons justement l’expérience cet été, avec une sécheresse extrême qui continue cet automne et nous met à rude épreuve. La chaleur a coûté des vies humaines et les intempéries toucheront les populations de nos régions de montagne. Nous devons agir. Et nous ne pouvons le faire qu’ensemble: avec nos partenaires européens et, à l’échelle mondiale, au moyen d’objectifs de protection du climat. Je souhaiterais donc vivement que la Suisse continue de jouer un rôle de premier plan en faveur d’une meilleure protection du climat.

Vous êtes membre de l’intergroupe parlementaire «Suisses de l’étranger». Comment en êtes-vous venue à vous y engager?

Cela remonte à mon mandat de présidente du Conseil national en 2013. À l’époque, j’ai effectué plusieurs voyages à l’étranger, au cours desquels j’ai régulièrement été en contact avec les ambassades suisses et les communautés suisses de l’étranger. De plus, les Suisses de l’étranger sont généralement très sensibles aux questions écologiques et sociales. Beaucoup d’entre eux votent vert, ce qui me réjouit beaucoup.

De manière générale, je suis convaincue que les Suisses de l’étranger sont très importants pour la Suisse. Ils apportent au pays des idées venues de l’extérieur, de la diversité culturelle et de l’ouverture. Pour un petit pays dont les majorités politiques sont parfois marquées par le conservatisme, cela nous fait du bien. Sans cela, nous risquons de nous replier excessivement sur nous-mêmes.

Si vous deviez vous-mêmes émigrer, quelle destination choisiriez-vous?

Spontanément, je pense au Canada, un pays qui fait rêver beaucoup de monde. J’ai déjà eu la chance de m’y rendre à plusieurs reprises et j’y ai aussi de bons amis. En tant que personne très attachée à la nature, je suis fascinée par ses vastes espaces naturels encore préservés, ainsi que par la gentillesse de ses habitants, dont nous sommes finalement assez proches. À l’image de ce que prévoit l’UE, la Suisse pourrait elle aussi coopérer beaucoup plus étroitement avec le Canada. Ce pays nous correspond.

Relu et vérifié par Pauline Turuban / adapté de l’allemand par Katy Romy

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Modéré par: Katy Romy

Quelle est l’importance des accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne pour les Suisses résidant à l’étranger?

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