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Un rapport onusien exempte largement l'ex-patron de l’UNRWA Pierre Krähenbühl

À Amman, le 14 mai 2018, le commissaire général de l'UNRWA Pierre Kraehenbuehl, à gauche, et le conseiller fédéral suisse Ignazio Cassis, à droite, au premier jour de la visite du ministre suisse en Jordanie. © Ti-press

Poussé à la démission de son poste de commissaire général de l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, le Genevois Pierre Krähenbühl a toujours rejeté les accusations qui le visaient. Jamais publié, le rapport d’enquête de l’ONU confirme largement ses dires, comme le dévoile l’émission Temps Présent de la RTS, qui s’est procuré le document.

Ce contenu a été publié le 18 décembre 2020 - 13:51
swissinfo.ch et la RTS

Le 6 novembre 2019, Pierre Krähenbühl finit par démissionner. Acculé, le Genevois était visé par un rapport interne faisant état de mauvaise gestion et d'abus d'autorité. Une enquête de l'ONU avait été ouverte, mais son rapport final ne comporte en fait que peu d'éléments à charge, dévoile la journaliste Anne-Frédérique Widmann dans un reportage de l'émission Temps PrésentLien externe, qui rappelle le contexte géopolitique de l’affaire, marqué notamment par l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018.

Près de deux après son lancement, l’enquête de l’ONU n’a toujours pas été rendue publique. À cause de ce flou, les soupçons pèsent encore sur Pierre Krähenbühl.

En juillet 2019, le diplomate suisse fait la Une des médias: un rapport interne et confidentiel de l'UNRWA fuite. Parmi les accusations figurent celles «d'agissements à caractère sexuel inappropriés, népotisme, représailles, discriminations et autres abus d'autorité (commis) à des fins personnelles, pour réprimer des divergences d'opinions légitimes».

Le fameux rapport était arrivé en décembre 2018 déjà sur le bureau d'António Guterres, secrétaire général de l'ONU. Une enquête des Nations unies est alors lancée début 2019. L'équipe de Temps Présent a pu se procurer ce nouveau document. Il n'en ressort que peu de choses concrètes à reprocher à Pierre Krähenbühl.

Aucune preuve de relation amoureuse

Le nouveau rapport de 129 pages est le fruit du travail des enquêteurs de l'ONU, des ex-policiers qui ont épluché les e-mails et les SMS des cadres de l'UNRWA.

Selon les résultats de l'enquête, Pierre Krähenbühl a approuvé la nomination du mari de son adjointe, en omettant de retirer son chef de cabinet du panel de sélection. Le Genevois a également nommé un directeur, déjà en poste, sans passer par une procédure de recrutement.

Par ailleurs, le rapport interne de l'UNRWA assurait que son commissaire général nouait une relation amoureuse avec sa conseillère principale, Maria Mohammedi. Les enquêteurs de l'ONU n'ont trouvé aucune preuve en ce sens.

Alors que le rapport interne évoquait un processus de recrutement «extrêmement rapide» pour Maria Mohammedi, nommée en 2015, celle-ci a été recrutée de manière compétitive, indique l'enquête onusienne.

Toujours selon les accusations internes, cette conseillère aurait suivi le commissaire général en classe affaires lors de ses déplacements à l'international. L'enquête de l'ONU montre que Maria Mohammedi a volé huit fois en classe affaires, trajets que Pierre Krähenbühl lui a demandé de payer avec ses miles. Pierre Krähenbühl a ensuite changé les règles internes pour qu’une personne puisse voyager avec lui. Il a été en mesure de justifier l’ensemble de ses voyages.

Le DFAE n'a toujours pas réagi

«Pour les Nations unies et la Suisse, la moindre des choses serait de prendre position sur ce rapport dont le contenu est vide», déclare Pierre Krähenbühl dans l'émission Temps Présent.

À l’été 2020, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a reçu une copie du rapport d'enquête de l'ONU, sans jamais le communiquer.

Carlo Sommaruga, membre socialiste de la Commission de politique extérieure de la Chambre des cantons, n’est pas vraiment surpris: «Ça confirme ce que je pensais. Il n'y a rien. C'est assez choquant qu'aujourd'hui on ne rende pas publiques les conclusions du rapport. D'une manière ou d'une autre, le département devrait le faire.» Le parlementaire a par ailleurs déposé en octobre une interpellationLien externe demandant des clarifications sur la position de Berne dans le conflit israélo-palestinien.

Contactés par la RTS, tant l'ONU que le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, ont refusé d'accorder un entretien à l'émission Temps Présent. Début 2020, le DFAE n’a pas mentionné les raisons de son refus. En septembre, suite à une nouvelle demande, Valentin Clivaz, porte-parole du DFAE, a expliqué par écrit: «Le Parlement a interpellé le Conseil fédéral en le priant d’établir un rapport concernant l'UNRWA (postulat Nantermod/2018Lien externe). Nous ne sommes pas en mesure de prendre position tant que ce rapport n’aura pas été publié.»

>> Le reportage de Temps Présent (RTS):

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