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«Ajax» dopé à l’inspiration du moment

Guillaume Chenevière a quitté ses fonctions à la tête de la TSR au printemps dernier. Keystone Archive

Guillaume Chenevière, ex-directeur de la TSR, crée à Carouge (Genève) la tragédie de Sophocle et arrime la violence de la pièce à celle de notre époque. Le jeu de ses acteurs déçoit.

«Ajax» est une tempête soulevée par le cyclone de la haine. Ecrite il y a environ 2500 ans, la pièce de Sophocle, présentée au Théâtre de Carouge dans la mise en scène de Guillaume Chenevière, brille sous les feux de l’actualité.

On aurait juré que son auteur se dope à l’inspiration du moment. Son héros, qui donne son nom à cette tragédie mise à nue dans sa violence impitoyable, est un homme en guerre contre d’autres hommes.

Sa vengeance s’annonce en quelques mots

Contre des généraux grecs, précisément, qui décident, après la mort d’Achille, de remettre les armes à Ulysse et d’ignorer ainsi la vaillance d’Ajax, pourtant un des plus braves combattants de la guerre de Troie. Ajax décide donc de se venger.

Et sa vengeance s’annonce en quelques mots qui rappellent ceux qu’un certain Ben Laden lançait à la face du monde, le 7 octobre: «Celui-là [Ulysse] subira la peine que je dis».

Le guerrier de Sophocle est grec. Il pourrait être de toute autre nationalilté, ses propos, sa soif de sang et son esprit vindicatif restant parfaitement permutables.

Personne ne gagne ni ne perd

Ce qui n’échappe pas à Guillaume Chenevière. L’ex-directeur de la TSR, qui renoue aujourd’hui avec le théâtre où il fit ses débuts il y a plusieurs années, situe «Ajax» au 19e siècle, dans un pays coincé entre les guirlandes de fils barbelés (décor Jean-Claude Maret) et le regard impérieux d’un militaire dont l’immense photo s’affiche en fond de scène.

Autant dire que nous sommes dans une contrée où la dictature règle la moindre respiration des citoyens. C’est peut-être la seule pertinente idée de ce spectacle où les acteurs se contentent de réciter un texte auquel leur jeu statique retire toute force dialectique.

Personne ne gagne, personne ne perd dans cette pièce où Sophocle oppose pourtant deux visions inconciliables du monde: la guerre et la paix.

Ghania Adamo

«Ajax». Théatre de Carouge (Genève), jusqu’au 21 octobre. Tél: 022/343 43 43

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