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Simon Senn, l’artiste numérique qui séduit le public à distance

/ Elisa Senn Larvego

Plasticien, vidéaste et enseignant à la Haute école d’art et de design de Genève, Simon Senn, 33 ans, s’invite dans le corps virtuel d’une jeune femme et y prend un plaisir fou. Récit d’un spectacle créé sur la scène suisse et qui tourne aujourd’hui en Europe. Un succès inattendu pour son auteur.

Ce contenu a été publié le 20 octobre 2020 - 17:48
Ghania Adamo

Passer de l’ombre à la lumière. En quelques semaines, Simon Senn, 33 ans, plasticien et vidéaste genevois, enseignant à la Haute École d’art et de design (HEADLien externe, Genève), s’est vu propulsé sur le devant de la scène suisse et européenne. L’atout de ce geek en diable? Son audace digitale, bienvenue par temps de crise sanitaire qui a conduit partout à l’annulation des manifestations liées aux arts scéniques.

Rien au départ n’était pourtant calculé par Simon Senn, dont le projet artistique est né en janvier dernier sur une scène genevoise, sous le titre «Be Arielle F». Soit un spectacle donné sous la forme d’une conférence digitale, qui devait être repris en mars au Théâtre de Vidy-LausanneLien externe. Pour cause de pandémie, Vidy annula les représentations mais en proposa une version en live stream à son public. Les spectateurs (dont l’auteure de ces lignes) l’ont donc découverte via leurs ordinateurs.

Mathilda Olmi

Des zoomeurs comblés

Zoom fleurissait alors sur les réseaux sociaux. L’application, prisée partout sur cette terre infectée, a permis à Simon Senn de réunir en Russie et aux Pays-Bas des dizaines de zoomeurs, ravis de ce spectacle, somme toute unique, aujourd’hui programmé sur plusieurs scènes de Suisse et d’Europe.

En attendant, vous vous demandez peut-être qui est cette Arielle au succès inattendu? C’est une jeune fille anglaise. «J’ai acheté son corps, ou plutôt sa réplique numérique, sur le site 3dscanstore.comLien externe. C’était il y a quelque temps déjà. Je faisais alors des tests avec un système de captation de mouvement immersif en réalité virtuelle», explique Simon Senn. La formule est savante, mais ne vous y attardez pas.

Pour ces tests, notre homme avait donc besoin d’une réplique humaine à laquelle il allait donner vie grâce à des fichiers d’animation. Le voilà en compagnie d’Arielle, qu’il a donc achetée sur Internet pour 10 dollars, avec une licence commerciale. Mieux, Simon s’invite dans le corps (virtuel) d’Arielle, hybridation numérique qui lui fait prendre un plaisir fou: «Je m’y sentais très bien, mon émotion était forte», se régale-t-il.

Fusion numérique

Sa démarche et la genèse de son spectacle, Senn les raconte dans «Be Arielle F». Contacté par téléphone, il revient aujourd’hui sur l’enthousiasme du public face à cette jeune anglaise, la numérique mais aussi la vraie, en chair et en os. Simon a pu identifier Arielle grâce aux réseaux sociaux. Il l’a rencontrée. Dans son spectacle, qui multiplie les prouesses techniques, Simon Senn n’est pas seul. Il fusionne avec Arielle numériquement et s’adresse à elle en vidéo et en live, l’invitant à dialoguer avec les spectateurs par écran interposé.

/ Elisa Senn Larvego

Tournée en Europe

Le bouche-à-oreille a très bien fonctionné, l’effet Zoom aussi. Simon Senn, inconnu du grand public jusqu’ici, est depuis quelques semaines invité non seulement en Suisse mais en France, aux Pays-Bas (Bois-le-Duc, le 24 octobre) et en Roumanie courant novembre — si les normes sanitaires le permettent.

À Paris, c’est le prestigieux Festival d’Automne qui accueillait fin septembre «Be Arielle F». Le public parisien réputé snob et difficile était «enchanté, très généreux dans son retour», précise l’artiste. Même réaction positive à Marseille où Simon s’est produit début octobre. «Là, une spectatrice est venue me trouver à la fin de la représentation, raconte-t-il. Elle m’a avoué avoir été transportée par ma performance qui lui rappelle une expérience difficile vécue par son propre enfant, né garçon et devenu fille aujourd’hui».

Mis à nu

De son spectacle, Simon a tiré une installation vidéo qu’il a déjà présentée au Musée de l’ÉlyséeLien externe à Lausanne. Elle sera à l’affiche de l’Internationale KurzfilmtageLien externe Winterthur (du 3 au 8 novembre), avant de rejoindre le Geneva International Film Festival (GIFFLien externe) qui se tient du 6 au 15 novembre.

Dans cette installation, Simon Senn se filme lui-même. Sa tête de chérubin réalisée en 3D est posée sur le corps parfait d’Arielle; la combinaison est étonnante. «Avec ce bricolage, j’ai conçu un avatar, je me sentais mis à nu, une impression étrange», avoue le vidéaste, qui à sa manière réalise un clonage. Une transgression ici aussi, mais artistique.

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