Asia-USA: pacific connection?
La principale rétrospective du 54e Festival international du film de Locarno est intitulée «Out of the Shadows: Asian in American cinema». En 55 films, elle illustre le rôle complexe qu'a tenu l'Asie dans le cinéma américain.
Un son de banjo… Puis à l’image, un cavalier qui galope dans un sous-bois du Missouri. C’est le début d’un western sombre, ou plutôt d’une plongée épique dans l’histoire des Etats-Unis.
Nous sommes en pleine guerre de Sécession, et un jeune gars, Jack Roedel, Américain de la deuxième génération, car fils d’immigré hollandais, va découvrir le chaos de la guerre de Sécession. Odyssée profonde et sanglante aux côtés d’une milice pro-sudistes, les Bushwackers.
Une œuvre de John Ford? Non, pas vraiment. Il s’agit de «Ride With The Devil», réalisé en 1999 par Ang Lee, un cinéaste né à Taiwan en 1954, et émigré aux Etats-Unis à l’âge de 24 ans. Dans un créneau plus asiatique, on lui doit également «Garçon d’honneur», «Salé-sucré», et «Tigre et Dragon», qui le consacrera au niveau planétaire.
Longue histoire
En 55 films, qui recouvrent pratiquement tout le siècle, c’est une longue histoire faite de méfiance et de fascination, de mépris et de collaboration que raconte cette rétrospective. Un choix que l’on doit à Marco Müller, et que la nouvelle directrice, Irene Bignardi, a heureusement décidé de maintenir.
Méfiance et fascination tout d’abord, dans la première moitié du 20e siècle. Alors que certaines actrices orientales sont des grosses vedettes aux USA, comme Anna Mae Wong, le personnage de l’Asiatique reste pour l’Occidental un être trouble et mystérieux, voire incompréhensible. Il est entouré d’un halo de soufre.
«Un mélange de danger et de séduction», constate Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque suisse, un organisme qui a largement contribué à la mise sur pied de cette rétrospective, comme des précédentes. Avec la Deuxième Guerre mondiale, et son cortège de films de propagande, le Japonais en particulier devient une créature démoniaque.
C’est avec les années 70 et la déferlante kung-fu que le cinéma asiatique va pénétrer les marchés occidentaux, et commencer à se mélanger au cinéma américain.
Ensuite, et surtout avec les années 90, «C’est toute une génération de réalisateurs, qui de Hong Kong, qui de Taiwan, qui de la Chine, ont réussi à s’imposer, soit qu’ils soient nés aux Etats-Unis, soit qu’ils y aient émigré, soit qu’ils y aient été attirés, parce qu’on s’est rendu compte qu’ils avaient du talent, et qu’il y avait de l’argent à faire avec eux» remarque Hervé Dumont, qui cite Wayne Wang, John Woo, Tsui Hark ou Ang Lee.
C’est une véritable connexion américano-asiatique qui sous-tend une bonne partie du cinéma hollywoodien d’aujourd’hui, et donc du cinéma tout court: ceux qui ont vu «Le Pacte des loups» du Français Christophe Gans n’auront pas manqué de faire le lien…
A noter que deux ouvrages paraissent sur cette thématique: le premier, publié par le festival, porte le titre de la rétrospective et est signé par le maître d’œuvre Roger Garcia. L’autre, «L’Asie à Hollywood», sous la direction de Charles Tesson, Claudine Paquot et Roger Garcia, est coédité par Les Cahiers du Cinéma et le Festival de Locarno.
Passé, présent, avenir
Mais au fait, quel rôle tient une rétrospective dans un événement comme celui de Locarno? «Tout cinéma du présent ne peut se concevoir sans reposer sur quelque chose du passé» répond Hervé Dumont. «Il y a maintenant un jugement qui bénéficie enfin d’un certain recul, et qui permet donc des comparaisons fructueuses. Et dans la mesure où on essaie également de découvrir ce que sera le cinéma de demain, cela ne fait que compléter rondement la manifestation». Et avec le cinéma américano-asiatique, c’est effectivement l’avenir du cinéma dans sa globalité qui est en jeu.
Bernard Léchot, Locarno
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