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La Suisse italienne oubliée?

La candidate italophone Patrizia Pesenti a abondonné la course au Conseil fédéral. Keystone

Une personnalité politique latine doit remplacer Ruth Dreifuss. Mais la «latinité» paraît se borner à la Suisse romande.

La Tessinoise Patrizia Pesenti a été éliminée, car l’origine géographique semble toujours plus subordonnées à d’autres facteurs.

Le 15 novembre, le groupe parlementaire socialiste a désigné les deux candidates officielles du parti pour l’élection du 4 décembre: la Genevoise Micheline Calmy-Rey et la Fribourgeoise Ruth Lüthi.

Ce choix a mis hors jeu le Neuchâtelois Jean Studer, le seul homme dans la course, mais aussi la seule représentante de la Suisse italienne, la conseillère d’Etat tessinoise Patrizia Pesenti.

Besoin d’intégration



La direction du Parti socialiste tessinois s’est déclarée «consternée» par ce choix unilatéral. En effet, une présence italophone au sein du gouvernement fédéral aurait pu avoir un rôle intégrateur important.

Une intégration d’autant plus nécessaire que les Tessinois ont souvent refusé d’importants thèmes de l’actualité nationale au cours des dernières années.

Leurs refus des accords bilatéraux avec l’Europe et de l’adhésion à l’ONU, notamment, montrent qu’ils se trouvent sur la défensive et qu’ils se distancient du Conseil fédéral.

La présence de Tessinois au Conseil fédéral est pourtant une tradition. Au total, ils y ont été présents durant plus de la moitié de l’histoire de l’Etat fédéral moderne (depuis 1848).

Si l’on observe la chronique des conseillers fédéraux, on peut donc retenir l’idée que la minorité de langue italienne (même pas un septième de la population) n’a pas droit à un siège permanent au gouvernement, mais qu’elle a brillé durant de longues périodes au firmament de la politique suisse.

L’historien Urs Altermatt – spécialiste du Conseil fédéral – affirme cependant que cette présence tessinoise a été fondamentale pour la cohésion nationale et pour l’établissement d’une identité suisse au Sud des Alpes.

Débat sur la latinité



Le troisième siège latin du Conseil fédéral ne semble pas sérieusement remis en cause avec le départ de la Genevoise Ruth Dreifuss. Le candidat alémanique de l’Union démocratique du centre semble en effet plus un facteur de dérangement qu’un réel prétendant à la charge.

Mais ce siège latin doit-il revenir forcément aux Romands, en excluant les Tessinois ainsi que les Grisons italophones et romanches? Pour la Neue Zuercher Zeitung, la réponse et non.

Le quotidien zurichois, qui fait autorité en matière de politique, relevait dès le départ de Ruth Dreifuss que les cantons de langue française avaient le droit de présenter leurs demandes, mais que celles-ci n’étaient pas «sacro-saintes». Il y a d’autres minorités dans le pays.

Ce débat sur la latinité a ensuite été relancé avec la candidature officielle de Patrizia Pesenti et sur la possible candidature de la présidente de Pro Natura, la Grisonne Silva Semadeni.

De nouveaux critères



Un candidat au Conseil fédéral doit déjà répondre à de nombreux critères: il doit appartenir au bon parti, disposer de compétences et d’expérience, provenir de la bonne région linguistique et, parfois, être une femme.

Le choix des deux candidates officielles peut être définit par le primat de la politique sur la provenance géographique.

Le Corriere del Ticino a d’ailleurs qualifié la nomination des candidats de «déchirante» pour le Parti socialiste. Déchirante parce que le parti a exclu et pénalisé des candidats qui ont de bonnes relations avec les autres partis. Or, ces autres partis ont la majorité au Parlement.

Mais le commentateur du Corriere del Ticino souligne un fait nouveau: même au Sud des Alpes, les arguments linguistiques ont rapidement fait place à des arguments politiques.

Mais ce n’est que partie remise pour les italophones. Le président du groupe radical au Parlement, le Tessinois Fulvio Pelli, est d’ores et déjà pressenti comme successeur du ministre des finances Kaspar Villiger.

swissinfo/Daniele Papacella

La présence des italophones a été jusqu’à présent assurée par 7 conseillers fédéraux tessinois avec des interruptions entre 1864 et 1911, entre 1950 et 1954, entre 1960 et 1966, entre 1974 et 1986 et depuis 1999. Le dernier représentant tessinois était le démocrate-chrétien Flavio Cotti (1986-1999).
La minorité romanche n’a eu qu’un seul conseiller fédéral: Felix Calonder (1913-1920). Mais deux autres Grisons connaissaient le romanche: Simeon Bavier (1979-1883) et Leon Schlumpf (1980-1987).

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