Les mots pour lui dire adieu
Le ton est enthousiaste. Nostalgique aussi. La presse suisse fait ses adieux à Expo.02. Avec les mots, mais surtout les images. Comme un album photos souvenir.
Elle dit merci à la population pour sa gaieté. Et évoque les larmes des dernières heures.
Lundi 21 octobre. Ce matin, on ne parle plus d’argent. Ou presque. La presse suisse retient l’émotion. Pour le reste – elle est unanime – on verra plus tard…
La une du Temps résume bien l’état d’esprit. Le titre «Fin.02» apparaît sur fonds bleu. Mais pas un bleu vif et gai, plutôt un bleu tendre, celui de la nostalgie. Et cette citation, quelques pages plus loin: «Dis-papa! Est-ce qu’on pourrait aller dire adieu à l’Expo?»
Des larmes…
«Rideau.02», variations sur un même thème pour la Tribune de Genève qui dit «adieu aux arteplages», avec cette question «Où sont les larmes?». Sur la joue de Nelly Wenger? Peut-être. Mais surtout sur les visages de ceux qui ont travaillé à l’Expo.
Dans les yeux du public? Pas encore, selon le quotidien genevois. «Dimanche, le public semble surtout là pour déambuler, comme on circule une dernière fois dans les pièces d’une maison qu’on va quitter.»
Des images
Et, avant de partir, on immortalise. Partout, les appareils de photo cliquètent. Ceux des photographes professionnels aussi. En tournant les pages de la presse suisse lundi, on a l’impression qu’ils se sont fait un dernier plaisir.
Plus encore que par les mots, c’est par les images que les journaux disent adieu à l’Expo. Beaucoup de couleurs. Celles des Guggenmusik, celles des roseaux verts sur le lac de Neuchâtel, des collines fleuries d’Yverdon, celles des feux d’artifice…
Parce que c’est ça qui va rester, à en croire le Berner Bund: «Des images, rien d’autre que des images».
Peut-être des impressions aussi. Et des échanges, selon le Blick. «La bouteille de vin que l’ouvrier de Suisse centrale a partagé avec le retraité genevois. Le brin de causette avec son voisin dans la file menant au monolithe.»
Pour se souvenir
Autrement dit, des souvenirs. Voilà ce qui va rester, résume la Neue Luzerner Zeitung. «L’exposition nationale s’installe dans notre mémoire collective. Elle laissera les mêmes souvenirs que le premier jour d’école, le permis de conduire, l’école de recrues ou un voyage de noces.»
«Nelly Wenger a raison: Expo.02 commence lundi», écrit encore La Liberté, en évoquant notamment les visiteurs en quête d’un dernier souvenir dans les ‘expo shops’. «Un simple objet qui rappellera que cette fête unique fut belle, magnifique, intelligente».
«Chère, mais belle»
«L’expo était une fête, ni plus, ni moins. Chère, mais belle. Soyez heureux», ajoute le Tages Anzeiger, paraphrasant Shakespeare. Oui, l’argent… On y fait allusion. Mais on n’en parle pas vraiment. Ce matin, c’est certain, la presse a choisi l’émotion. Elle raconte, elle n’analyse pas froidement.
Le Matin, si critique habituellement envers Expo.02, relève précisément cette «métamorphose». Au départ, événement «décrié, pour ne pas dire haï», il est devenu «l’idole d’un peuple… et des médias qui l’on tant fustigé». Quant au bilan financier, «tout à coup si secondaire, il viendra plus tard».
C’est un peu tout cela qui donne l’envie à 24 Heures de dire «Ouf!». Ouf, parce qu’il n’y a eu aucun drame majeur. Ouf, parce qu’on va pouvoir parler d’autre chose. Quoique… «La déconstruction sera aussi lourde et lente que le fut l’éclosion, et encore plus amère». Mais «le plébiscite signé de dix millions d’entrées» sera peut-être «finalement reconnu». Donc ouf!
Et «merci». Ce mot-là apparaît dans la plupart des journaux. Merci à la population suisse pour sa joie. Merci aux artisans du succès d’Expo.02. Enfin, concluent les deux quotidiens neuchâtelois, l’Express et l’Impartial: «Merci d’avoir osé!»
swissinfo/Alexandra Richard
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.