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Mise en abîme de la censure au Musée de l’Elysée

A Lausanne, le Musée de l’Elysée met en scène une procédure judiciaire à l’encontre du photographe suisse Christian Lutz pour son livre In Jesus’ Name. Un acte de résistance et une réflexion sur l’interprétation des images.

«Nous avons conçu cette exposition comme un manifeste, explique Christian Lutz au quotidien suisse Le Temps. Les photographies sont collées sur le mur, comme des affiches, et le cœur de la problématique est celui de leur interprétation. D’habitude, je ne légende jamais mon travail, j’aime la force évocatrice que dégage un visuel. Là, on voit clairement le combat entre l’image et la typographie. L’image essaie de percer mais elle perd; elle est rendue inexistante par la lecture qui en est faite.»

Ses images avaient été interdites de publication au moment de la sortie de son livre In Jesus’ Name consacré au pouvoir religieux, suite aux plaintes des membres de l’église évangélique zurichoise International Christian Fellowship photographiés par Christian Lutz, qui avait obtenu les autorisations nécessaire pour ce travail photographique.

«In Jesus’ Name» constitue le troisième volet d’une trilogie sur le pouvoir initiée en 2003 par Christian Lutz, les deux premiers étant Protokoll (2007), sur le pouvoir politique et Tropical Gift (2010), sur le pouvoir économique.

Le Musée de l’Elysée fait de la défense de Christian Lutz un combat de principe au nom de la liberté artistique. Un comité de soutien réunissant de nombreuses personnalités a été constitué. Parmi elles figure l’ancien président de la Confédération Pascal Couchepin, qui a participé au premier volet de la trilogie, Protokoll.

L’exposition présente les photos incriminées en les barrant par le texte de la plainte qui les vise.

Image No 3

Contenue de la requête :«Le demandeur 8, âgé de 25 ans, porte une tenue de camouflage avec un bandeau atour du front. Il a l’air épuisé et regarde dans le vide; il ne regarde pas l’homme situé à sa gauche. Ce que le jeu de rôle des participants a à voir avec le militaire n’est pas clair. De même, qu’est-ce que la religion à affaire avec le service militaire?»

Image No 4

Contenue de la requête: «Le demandeur 17, âgé de 21 ans, est l’homme qui se tient sur la gauche, avec un t-shirt jaune. Ses mains sont posées sur la cuisse d’un enfant manifestement mineur. Celui-ci est assis sur une chaise et tient ses mains devant son visage. L’image ne permet pas de comprendre l’intention du demandeur. La photo peut faire l’effet, vis-à-vis d’un tiers, d’une motivation sexuelle. Le mode offensif de représentation est ici blessant pour la personne.»

Image No 7

Contenu de la requête: »La demanderesse 4, âgée de 20 ans, est au centre de l’image no15. Elle a les yeux fermés. La photo donne l’impression qu’elle veut baptiser une autre jeune fille, qui se trouve assise dans la baignoire. En arrière-plan, des snowboards qui, vu leur disposition, doivent être en train de sécher. L’image fait un effet condescendant pour le spectateur. Comme il pourrait s’agir d’un baptême ou d’une prière, le spectateur pourrait s’attendre à ce que le ‘rituel’ se déroule dans un environnement adéquat et non dans un salle de bains ni dans un lieu humide. Ou alors: la jeune fille dans la baignoire s’ouvre-t-elle les veines? Le texte à la fin du livre conduirait à cette interprétation.»

Image No 10

Contenue de la requête: «La photographie No14 est bien l’une des plus extrêmes du livre. L’image pourrait donner l’impression de pédophilie. Car on pouvait penser que le demandeur 11a, qui porte un polo vert, a mis enceinte la demanderesse 11b, âgée de 14 ans (!), assise devant lui. Pire encore: on pourrait penser que la photo montre les membres d’une secte qui permet la polygamie ou autorise les relations sexuelles avec les enfants. En fait et en vérité, le demandeur 11a est le père de la demanderesse 11b. Le demandeur 7 regarde par terre et les autres hommes ont les yeux fermés, comme si tous trois avaient honte. La photo a été prise à l’occasion de l’activité ‘fathers and daughters’. L’image a deux – voir plusieurs – sens et induit en erreur l’observateur. L’image prête hautement à confusion et porte atteinte à la personne du demandeur 7 et 11a, ainsi qu’à celle de la demanderesse 11b.»

Texte: swissinfo.ch/Photos: Christian Lutz

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