Une femme dans l’ombre de Mahler
Alma Schindler renonce à sa musique par amour pour son compositeur de mari, Gustav Mahler. Seule sur scène, la comédienne sédunoise, Françoise Gugger, retrace ce destin féminin hors du commun, dans le cadre du Festival Malacuria, mercredi, à Sion.
«Lorsque j’ai connu Gustav Mahler, il avait 40 ans et était presque vierge», devait écrire dans son journal intime celle qui devait très vite devenir l’épouse du célèbre compositeur autrichien, Gustav Mahler (1860-1911). «Il redoutait les femmes. Sa peur de se trouver amoindri était incommensurable. Il évitait la vie.»
Alma Mahler Schindler (1879-1964) est musicienne. Elle a du talent. Mais, comme l’écrit Françoise Giroud dans sa biographie consacrée à Alma Mahler, «Gustav Mahler va jusqu’à demander à son égérie de renoncer à toute ambition personnelle».
Du coup, s’exclame Gianni Notaro, le metteur en scène du spectacle, «une envie furieuse nous brûle de lui crier: Alma, aime-toi»!
Le rayonnement d’une femme soumise
«De l’empreinte de sa beauté et de son intelligence, Alma Mahler a marqué le Tout-Vienne des 19e et 20e siècle, souligne la comédienne sédunoise Françoise Gugger. Elle a traversé deux guerres mondiales, fréquenté les hommes les plus en vogue de l’époque, même s’ils étaient juifs et donc synonymes de danger.»
Cela dit, seule la musique de Mahler hantera à jamais la vie d’Alma. Quand bien même, au départ, la musique de Gustav ne l’enthousiasmait guère.
Ainsi, seule sur scène durant plus d’une heure, Françoise Gugger incarne Alma Mahler, mercredi dès 21 heures au théâtre du Puits à Coqs, au domaine des Iles, à Sion.
Une Françoise Gugger totalement habitée par Alma Mahler
Vêtue d’une robe en velours rouge passion, Françoise Gugger invite le spectateur à suivre le cheminement intérieur d’Alma Mahler.
Dès lors, quel autre écrin musical que celui des portées du compositeur pour cheminer avec le spectateur au cœur de la vie de cette femme qui tombe et se relève à chaque épreuve.
Et quel autre décor que celui d’un salon de lecture où des piles de livres tiennent lieu de confidents à cette femme qui renonce à une prometteuse carrière de musicienne pour plaire à un homme qui ne la voulait que «pour le rendre heureux».
Il est par ailleurs amusant de s’apercevoir que ce sont trois «Françoise» qui ont été associées à ce spectacle sur Alma Mahler. Françoise Gugger, donc, dans le rôle de ladite héroïne. Sur un texte de Françoise Lalande. Lui-même étoffé par une biographie d’Alma Mahler signée Françoise Giroud.
Sans doute qu’aujourd’hui, le drame d’Alma Mahler contrainte de renoncer à ses talents pour contenter l’amour intransigeant d’un homme, fût-il Gustav Mahler, ferait crier au scandale les femmes libérées de ce 21e siècle. «Pourtant, confie Françoise Gugger, certaines, aveuglées, endurent encore de tels assujettissements.»
Emmanuel Manzi
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