La Suisse officielle garde un œil vigilant sur ses extrémistes
Les membres de l'extrême droite et de l'extrême gauche ont radicalisé leurs actions en Suisse en l'an 2000. Dans son rapport annuel sur la protection de l'Etat, l'Office fédéral de la police explique notamment cette recrudescence par l'utilisation de l'Internet.
En 2000, il y a eu 134 incidents occasionnés par des membres de l’extrême droite, dont 54 accompagnés de violences physiques, lit-on dans le rapport publié vendredi.
L’année précédente, il n’y avait eu que 41 incidents recensés. Ces actes de violences ont souvent revêtu un caractère raciste, antisémite ou xénophobe.
Cette violence de l’extrême droite provient principalement des milieux skinheads, dont le noyau dur est passé de 600 à 700 individus en 1999 à 800 à 900 l’an dernier. Ils se rencontrent principalement en Suisse alémanique, l’extrême droite romande revêtant plus un caractère intellectuel que militant.
«La forte affluence d’adeptes a été en partie due à un renouvellement des générations et à l’arrivée de très jeunes membres issus notamment des milieux du hooliganisme», note le rapport. L’Office fédéral de la police (OFP) estime également que l’Internet a constitué un autre moyen de recrutement important.
Les autorités vont faire preuve d’une vigilance accrue face à l’extrémisme de droite, mais, selon le rapport, «il n’y a pas lieu de voir aujourd’hui un grand péril pour la sécurité nationale». Toutefois, à plus long terme, son potentiel de nuisance est important.
Une fois encore, l’Internet est en cause. Le réseau permet en effet une très large diffusion des idées d’extrême droite. Pour empêcher l’éventualité d’une large adhésion de la population à ce genre de thèses, les autorités devront donc miser sur l’information et sur la prévention.
L’extrémisme de gauche est également en forte progression en Suisse. Il est surtout le fait de la Revolutionärer Aufbau Schweiz (Reconstruction révolutionnaire Suisse) et des milieux proches de la Reitschule de Berne.
Cette violence de gauche s’exprime surtout dans le cadre de la lutte contre la mondialisation et lors d’affrontements avec des membres de l’extrême droite. L’OFP note au passage que «l’Internet est devenu l’un des principaux instruments de mobilisation des groupements d’extrême gauche».
Avec le réseau, les militants anti-mondialisation ont par exemple pu commencer à planifier leurs actions pour le Forum économique de Davos dès le début du 2e semestre 2000 déjà.
Cette montée des extrémismes ne devrait pas s’essouffler au cours des prochains mois. «La polarisation des milieux de l’extrême gauche et de l’extrême droite et leur potentiel de violence devraient encore augmenter à l’avenir», lit-on dans le rapport.
L’OFP fait encore le point sur d’autres sources de danger comme la criminalité organisée, l’espionnage et le terrorisme. Rien de bien nouveau sous le soleil: comme d’habitude, on constate que la Suisse n’est pas spécialement visée – et même quelque peu épargnée dans le cas du terrorisme – mais fait office de véritable plaque tournante.
Olivier Pauchard, Palais fédéral
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