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La situation d’une Suissesse otage au Sahel reste critique

désert
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Une Suissesse et une Autrichienne sont retenues en otage par une branche de l’organisation État islamique (EI) dans la région du Sahel depuis plus d’un an. Leur état est critique. Que faire maintenant? Swissinfo s’est entretenu avec les autorités, un proche et l’ancien otage Jörg Lange, qui a survécu plus de quatre ans aux mains de ce groupe.

La Suissesse de 67 ans a quitté l’Algérie pour s’installer au Niger il y a quinze ans. Ancienne directrice des ressources humaines d’une grande banque suisse, puis créatrice d’une agence de voyages, elle a fondé dans le pays une coopérative qui fabrique des articles en cuir destinés au marché européen.

La région du Sahel est considérée comme une zone à haut risque en raison des activités djihadistes. La sexagénaire se déplaçait avec prudence, bien consciente du risque d’enlèvement. Elle ne quittait par exemple sa ville d’Agadez que sous escorte, comme elle l’avait confié il y a trois ans au magazine de voyage Globetrotter. Mais ces mesures se sont révélées vaines: le 12 avril 2025, des hommes armés ont fait irruption chez elle et l’ont enlevée. La Suissesse est aux mains d’un groupe terroriste depuis 16 mois.

Trois mois auparavant, le 11 janvier, une Autrichienne de 75 ans avait subi le même sort, également enlevée chez elle pendant la nuit. Elle avait fondé au Niger un centre de formation destiné à aider les jeunes femmes et soutenait des ONG locales actives dans la culture maraîchère.

Du Niger, les deux femmes ont été emmenées vers une branche de l’EI implantée dans la région désertique du Mali, l’«État islamique au Sahel» (EIS). Elles sont depuis détenues ensemble dans la région frontalière. Une photo d’elles a été publiée pour la première fois fin avril 2025, fournissant une preuve de vie. Mais on ignore combien de temps ces femmes âgées, manquant de nourriture et de soins médicaux, pourront survivre dans la chaleur.

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La Suisse et l’Autriche agissent de concert

Leurs deux pays d’origine ont coordonné leurs efforts pour les faire libérer, même si peu d’informations filtrent à l’extérieur. Le Centre de gestion des crises du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a mis en place une cellule de crise. «Les autorités autrichiennes et suisses concernées collaborent étroitement pour obtenir la libération de la victime de l’enlèvement», commente-t-il brièvement. Le DFAE renvoie par ailleurs à une prise de position rédigée en avril 2025.

Contacté, le DFAE écrit: «Le Centre de gestion des crises (KMZ) du DFAE a mis en place une cellule de crise dès que l’enlèvement a été porté à sa connaissance. En collaboration avec l’Office fédéral de la police (Fedpol), le Service de renseignement de la Confédération ainsi que d’autres services fédéraux, le DFAE s’engage en faveur de la libération de la victime de l’enlèvement. À cette fin, les autorités autrichiennes et suisses concernées travaillent en étroite collaboration. Nous ne faisons aucun commentaire sur le travail de la cellule d’intervention et renvoyons aux informations disponibles sur notre site internetLien externe

Dans sa prise de position d’avril 2025, le DFAE indique être en contact avec les proches ainsi qu’avec les autorités nigériennes et fait référence à la cellule d’intervention mise en place. Ensemble, tous les services s’engagent en faveur de la libération de l’otage.

Dans le même temps, l’autorité rappelle la responsabilité individuelle: le DFAE déconseille depuis 2009 de se rendre au Niger ou d’y séjourner, en raison notamment du risque d’enlèvement. Les ressortissantes et ressortissants suisses qui resteraient dans le pays ou s’y rendraient en dépit des recommandations de la Confédération «agissent par négligence et doivent être conscients que la Suisse ne peut leur apporter qu’une aide limitée en cas d’urgence».

Le ministère des Affaires étrangères autrichien reste lui aussi discret. Il renvoie toutefois à Peter Launsky-Tieffenthal, l’envoyé spécial pour les affaires mondiales. Ce diplomate de haut rang dispose d’excellents contacts internationaux ainsi que d’une longue expérience en matière d’enlèvements à l’étranger. Il déclare: «L’Autriche et la Suisse travaillent sans relâche, de concert, à la libération des deux otages. Une solution passant par un pays tiers est également envisageable. Des discussions ont déjà eu lieu au plus haut niveau diplomatique et entre les autorités chargées de la sécurité.»

Le Maroc, l’Algérie ou un autre pays médiateur?

Le 22 avril 2026, le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, a rendu visite à son homologue autrichienne, Beate Meinl-Reisinger. Il s’agissait officiellement d’un dialogue stratégique, dont l’un des thèmes centraux était la stratégie africaine. Les autorités n’ont pas précisé si les deux otages avaient également été évoquées, mais on peut le supposer.

Pourquoi faire intervenir un pays tiers? Pour le comprendre, il faut savoir que ni la Suisse ni l’Autriche ne paient de rançons pour les victimes d’enlèvements, afin de ne pas contribuer au financement du terrorisme. Les intérêts des ravisseurs ne sont toutefois pas seulement financiers, mais aussi politiques. Cela constitue un levier dans les négociations.

Les pays tiers sont guidés par des intentions géopolitiques: il peut s’agir par exemple de la reconnaissance des revendications du Maroc sur le Sahara occidental, des velléités de la Russie de repousser l’influence occidentale dans la région du Sahel, ou encore d’une volonté de redorer leur propre image.

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Un otage allemand libéré après quelques jours

Un autre cas illustre la ténacité avec laquelle les diplomaties suisse et autrichienne opèrent. Au début du mois d’août 2026, un citoyen allemand d’origine turque a été enlevé au Niger. Ce négociant en or a été libéré, puis remis à l’armée algérienne, après seulement deux semaines de captivité.

Le fils de l’otage autrichienne est furieux que sa mère, qui a été enlevée avant, ait déjà dû endurer 19 mois dans le désert. Ayant lui-même grandi en Afrique, il a établi un contact avec les otages par le biais d’intermédiaires. «Le temps n’est pas un facteur neutre dans une prise d’otages, déclare-t-il. Chaque jour supplémentaire peut faire la différence, sur le plan physique comme psychologique, et constituer une question de vie ou de mort. Je peux comprendre que la diplomatie prenne du temps. Ce que je ne peux pas accepter, c’est que le temps devienne en lui-même une stratégie.»

En mai, sa mère était entre la vie et la mort. On a pu lui faire parvenir des médicaments à deux reprises. L’otage suisse, qui souffre d’une maladie chronique, a elle aussi reçu par le même biais des médicaments dont elle avait un besoin urgent. Le fils de cette dernière vit toujours au Niger. Les fils des deux otages échangent des informations avec d’autres personnes, parmi lesquelles figure l’Allemand Jörg Lange (69 ans), qui a passé 1702 jours aux mains du même groupe terroriste.

Frôler la mort à plusieurs reprises

Jörg Lange décrit à Swissinfo les conditions de vie dans le camp. Les ravisseurs changeaient constamment d’emplacement dans le désert pour ne pas être retrouvés. Ils passaient la nuit à la belle étoile, sous des arbres. Il a notamment été victime de serpents lui tombant dessus pendant son sommeil et de douloureuses piqûres de scorpions. Un buisson faisait office de «toilettes». Ils buvaient de l’eau provenant de vieux bidons qui sentaient l’essence. À cela s’ajoutaient une chaleur torride de 46 degrés et un paludisme qui a failli lui coûter la vie.

Jörg Lange a vu la mort de près à plusieurs reprises. Il affirme que seule sa foi lui a donné la force de survivre aussi longtemps à ce calvaire. L’inverse aurait également pu se produire: il a une fois été question de le tuer pour blasphème, après qu’il eut parlé de Jésus avec l’un de ses ravisseurs.

Jörg Lange doit garder le silence sur les circonstances de sa libération. Mais le fait qu’il ait d’abord été emmené au Maroc indique que le pays a été impliqué en tant qu’État tiers. Pour le fils de l’otage autrichienne, l’affaire Lange montre que le Maroc pourrait jouer un véritable rôle de médiateur dans le contexte sahélien. Cela dit, «au final, peu importe quel État, quel médiateur ou quel canal diplomatique parvient à débloquer la situation».

Des soldats dans un stade
Le général Abdourahamane Tchiani, chef de l’État et chef de la junte militaire au Niger, est acclamé dans la capitale, Niamey. Le gouvernement militaire a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État en juillet 2023. Boureima Hama / AFP

«La première balle est pour toi»

Existe-t-il quand même des versements de rançons? Le soupçon plane en tout cas. Les demandes de rançon ne sont en principe pas communiquées par les autorités. Des sources bien informées évoquent toutefois la somme de 5 millions de dollars américains pour la libération d’un otage. Les négociations sont menées par une cellule de crise en collaboration avec les services de renseignement. Les pays d’origine des otages restent généralement discrets à ce sujet, car les ressortissants et ressortissantes des pays qui paient des rançons sont plus souvent enlevés. Ce à quoi s’ajoute le risque de se rendre «complices» de l’«industrie des enlèvements».

Le gouvernement militaire du Niger semble impuissant. D’une manière générale, toute tentative de libération des otages par les armes semble vouée à l’échec. Jörg Lange raconte qu’une fois, un drone a été repéré à proximité de leurs cachettes. L’un de ses ravisseurs s’est alors assis à côté de lui, kalachnikov à la main, et lui a dit: «la première balle est pour toi». Puis ils sont repartis.

L’espoir repose sur les États-Unis

L’espoir d’une libération pourrait aussi venir des États-Unis. Un pilote missionnaire américain de 48 ans a également été enlevé par l’EIS le 21 octobre 2025. Il est détenu à proximité géographique des deux femmes. Les États-Unis ont pris contact avec l’Autriche et la Suisse, mais reste à voir si leur implication donnera un nouveau souffle au cas des otages. Jusqu’à présent, le poids politique des États-Unis, pays qui ne paie pas non plus de rançons, n’a pas suffi à obtenir la libération rapide du pilote.

La survie des otages dépend avant tout des intérêts géopolitiques de pays tiers disposant de canaux de communication efficaces avec les djihadistes.

Article original en allemand relu et vérifié par Marc Leutenegger, traduction en français vérifiée par Pauline Turuban

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