Khamenei assure que l’Iran a porté un coup vertigineux aux ennemis
Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei a assuré vendredi que l'Iran avait porté "un coup vertigineux" à ses ennemis, dans un message pour un Nouvel an persan marqué par des explosions à Téhéran et la suite des actions de Tsahal contre des responsables du pouvoir.
(Keystone-ATS) «L’ennemi a été vaincu», a écrit l’ayatollah dans son message. Les Iraniens lui ont «assené un coup vertigineux, au point qu’il se met maintenant à prononcer des paroles contradictoires et absurdes», a-t-il ajouté.
Le successeur d’Ali Khamenei – dont l’assassinat par les forces israéliennes le 28 février a marqué le début des hostilités menées avec les forces américaines contre l’Iran – est dans le viseur d’Israël.
Probablement blessé au début de la guerre, il n’est pas apparu en public depuis sa nomination.
L’armée israélienne a affirmé vendredi avoir tué lors d’une frappe à Téhéran le chef des renseignements de la force paramilitaire des Bassidj. Quelques heures seulement après l’annonce, confirmée par les Gardiens de la Révolution, de la mort de leur porte-parole, «tombé en martyr».
Des détonations ont aussi retenti dans la capitale iranienne en fin de journée, provenant de l’est et du nord de la ville, selon un journaliste de l’AFP.
Aux attaques israéliennes ont répondu celles de Téhéran sur Jérusalem et contre des installations dans le Golfe, où une raffinerie a été touchée par une attaque de drones au Koweït.
A Jérusalem, un projectile s’est abattu à l’intérieur du quartier juif de la Vieille ville, près de sa muraille et des lieux saints. Le site a été rapidement bouclé par des forces de sécurité. Des images de l’AFP ont montré une route éventrée et jonchée de débris, ainsi qu’une brèche dans un mur.
«Lâches»
Le conflit, qui dure depuis trois semaines, ne montre aucun signe d’apaisement et pèse sur l’activité mondiale, suscitant la crainte d’une crise économique majeure.
Particulièrement avec le blocage de facto par l’Iran de la navigation dans le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole et le gaz mondiaux.
Cette situation a poussé Donald Trump à vitupérer vendredi contre les pays de l’Otan, qu’il a qualifiés de «lâches» car selon lui ils «ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d’Ormuz».
L’armée américaine peut «neutraliser» l’île de Kharg, site pétrolier névralgique pour l’Iran, «n’importe quand si le président Trump en donne l’ordre», a ensuite assuré Anna Kelly, une porte-parole de la Maison Blanche, dans une déclaration transmise à l’AFP.
Cette affirmation coïncide avec l’annonce de plusieurs médias américains d’un prochain déploiement de forces militaires supplémentaires dans la région.
Iran «pas responsable» de tout
L’attaque sur la raffinerie koweïtienne Mina Al-Ahmadi a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, selon l’agence officielle koweïtienne.
Les Emirats arabes unis ont fait état d’attaques de missiles et de drones, tandis que Bahreïn maîtrisait l’incendie d’un entrepôt et que l’Arabie saoudite annonçait plus d’une douzaine de drones «interceptés et détruits» en l’espace de deux heures.
Le guide suprême iranien a assuré en revanche vendredi que son pays n’était pas responsable de récentes attaques contre Oman et la Turquie.
Elles n'»ont en aucun cas été menées par les forces armées de la République islamique ni par d’autres forces du Front de la résistance», a-t-il déclaré, en insistant sur les «bonnes relations» entretenues avec ces pays et mettant en cause Israël.
Fataliste
La guerre assombrit l’atmosphère joyeuse dans laquelle la région devrait être plongée: le nouvel an persan, Norouz, ainsi que la rupture du jeûne musulman, l’Aïd el-Fitr, qui tombe vendredi en Arabie saoudite et la plupart des pays musulmans, samedi en Iran.
A l’aube, des bannières célébrant Norouz, qui débutera en soirée, ont remplacé dans certaines rues de Téhéran les portraits du défunt guide suprême Ali Khamenei.
Une affiche montre une famille réunie autour d’une table richement garnie, en train d’échanger ses voeux pour la nouvelle année. «La victoire de Norouz», proclament les bannières.
Hoda, une habitante de Saveh (ouest), déclarait jeudi vouloir aller à Téhéran retrouver sa famille. «Nous ne savons pas ce qui va se passer mais la vie continue», ajoutait, fataliste, cette femme de 44 ans interrogée par l’AFP.
A Jérusalem-Est, les accès à la mosquée Al-Aqsa sont restés fermés. Le troisième lieu saint de l’islam, sur l’esplanade des Mosquées, «nous est confisqué. C’est un ramadan triste et douloureux», gronde Wajdi Mohammed Choueiki, un sexagénaire.
L’Iran dit encore fabriquer des missiles
Combien de temps la guerre va-t-elle encore durer? Elle «va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent», assurait jeudi Benjamin Netanyahu, tout en suggérant la possibilité d’une «composante terrestre» à l’opération militaire.
«L’Iran est en train d’être décimé», a proclamé jeudi soir le chef du gouvernement israélien. Téhéran n’a selon lui plus «la capacité d’enrichir de l’uranium» ni «de produire des missiles balistiques», deux des objectifs fixés avant le début des frappes israélo-américaines, fin février.
«Notre industrie balistique mérite une note parfaite. (…) Même en temps de guerre, nous continuons à fabriquer des missiles», a répliqué le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Ali-Mohammad Naïni, cité vendredi par l’agence Fars. Juste avant l’annonce de sa mort dans une «lâche attaque terroriste criminelle perpétrée par le camp américano-sioniste», selon les Gardiens.
Les forces armées iraniennes ont pour leur part menacé de traquer les responsables et militaires américains et israéliens jusque sur leurs lieux de vacances.
«Moratoire»
Autant de frappes et de déclarations incendiaires ignorant les appels des Européens, réunis jeudi en sommet, à un «moratoire» sur la destruction des raffineries et sites de production d’hydrocarbures du Moyen-Orient.
«Les dommages durables entraînent un choc économique profond», relève Robert Pape, expert militaire à l’Université de Chicago. «C’est ainsi qu’une guerre régionale peut devenir une crise économique mondiale historique».
Les cours du pétrole sont repartis en petite hausse vendredi. Et le directeur général de l’Iata, la principale association mondiale de compagnies aériennes, a jugé «inévitable» une hausse des prix des billets d’avion à travers le monde.