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Emotion germano-italienne et suspense américano-québécois

Un trio d’enfer pour «The Score» de Frank Oz. The Score

«Mostly Martha», une coproduction à laquelle a participé la Suisse, joue la carte de la tendresse. «The Score», où cabotinent Brando et De Niro, est une Bentley du polar. Les deux films étaient à voir lundi soir à Locarno, sur la Piazza Grande.

Qui eut cru que l’Allemagne puisse engendrer un film dans lequel la gastronomie tient un rôle premier? Etonnant, non? C’est pourtant le cas dans «Mostly Martha», («Comme il faut», titre français) présenté en première mondiale dans le cadre du 54e Festival international du film de Locarno. Un film qui joue d’abord la carte de la comédie, avant de se transformer en puissant tire-larmes (ma voisine de droite pourrait en témoigner), et de se terminer par un sympathique happy end.

Martha est un chef (au sens cuisinier du terme) brillant, mais à tendance franchement psychorigide. Sur ce point, elle parvient même à désarçonner le psy qui la suit. Deux événements vont bouleverser sa vie.

Tout d’abord, sa sœur va périr dans un accident, et Martha va recueillir la fille de celle-ci. Séisme affectif dans son univers de célibataire obsédée par son travail. Et puis, Mario, un cuisinier italien, va débarquer dans la cuisine du restaurant de Hambourg dont elle est le chef.

Métaphore de l’évolution psychologique de la dame, l’huile d’olive va bientôt supplanter le beurre, comme le soleil et la gaieté italiennes vont avoir raison du froid et de la raideur germaniques.

Un film léger, bien joué, et touchant, nécessairement touchant, puisque c’est le lien fort et complexe qu’un enfant et un adulte peuvent développer l’un envers l’autre qui est d’abord traité ici, avec sensibilité.

Oz le magicien

Comment faire un film réussi en déclinant pourtant tous les poncifs du genre dont il relève? Par exemple en prenant pour réalisateur le Britannique Frank Oz, émigré aux USA depuis le début des années 60. Et en le laissant faire joujou avec trois acteurs, représentant trois générations de l’Actor’s Studio: le jeune Edward Norton (remarquable), le mûr Robert de Niro (égal à lui-même, donc très bon), et le mythique Marlon Brando (énorme, et le mot est polysémique).

L’intrigue? On ose à peine la résumer, tellement elle est convenue. Un braqueur de génie, qui a décidé de raccrocher (De Niro), accepte un dernier contrat, que lui propose un vieux voyou (Brando), et qu’il mène avec la collaboration d’un jeune loup aux dents longues (Norton). En l’occurrence, il s’agit de voler un objet historique – un sceptre français – qui repose dans le sous-sol de la douane de Montréal.

L’intrigue est un véritable cliché du genre? L’efficacité de la réalisation en est donc encore plus frappante. Car cette variation sur un thème connu, formidablement filmée et montée, fonctionne parfaitement. Le suspense monte, monte irrépressiblement.

Et puis, un film dont la v.o. vous offre l’opportunité d’entendre De Niro et Brando échanger quelques mots en français ne peut pas être totalement inintéressant, non?

Bernard Léchot, Locarno

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