La fabuleuse destinée romande d’Amélie Poulain
Le dernier film du réalisateur français Jean-Pierre Jeunet, a dépassé les 280 000 entrées en Suisse romande. Un succès rare, que nous commente Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque suisse.
A ce jour, «Le fabuleux destin d’Amélie Poulain» occupe la troisième place des plus grands succès de ces vingt dernières années en Suisse romande. Qui dit mieux? «Trois hommes et un couffin» de Coline Serreau et «Titanic» de James Cameron. Le premier avait totalisé 500 000 entrées en 1985/86 et le second 625 000 en 1998, selon le distributeur Filmcoopi à Zurich.
Débarquée il y a trois semaines en Suisse alémanique, Amélie (interprétée par Audrey Toutou) y connaît aussi un beau succès, avec pour le moment 80 000 spectateurs. Alors que le film n’est pas encore sorti au Tessin, il a donc déjà enregistré 360 000 entrées en Suisse.
«Le fabuleux destin d’Amélie Poulain» a bénéficié et bénéficie encore d’un formidable effet de bouche à oreille. Il n’y a qu’à observer le visage des gens à l’issue d’une représentation – œil allumé et sourire indécrochable – pour comprendre à quel point ils en diront du bien à leur entourage.
Amélie Poulain, Pearl Harbor ou Citizen Kane?
Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque suisse, à Lausanne, a apprécié la chose, sans plus: «Je trouve que c’est une charmante bluette. Je préfère que ce soit ce film qui ait du succès plutôt que ‘Pearl Harbor’, si vous voulez… C’est un film que les sociologues analyseront d’ici vingt ou trente ans, parce qu’il dit sans doute des choses sur l’Européen moyen d’aujourd’hui».
S’il s’agit juste d’un film «sympathique», pourquoi un tel succès, et surtout, un tel impact sur le public? «L’objet est un peu un OVNI dans le paysage cinématographique. Son succès vient de son altérité totale, tout en étant directement accessible. C’est un mélange d’optimisme et de charme. Mais c’est aussi un phénomène de mode, et une question de conjoncture de programmation: il y a sans doute un ras-le-bol du public face à des films soit trop intellectuallisants, soit typés ‘blockbusters’. Ce succès correspond peut-être à une attente subconsciente, à une soif de quelque chose qui manque dans le cinéma.»
Et la poésie dans tout ça? Cette poésie à la fois moderne et surannée, qui frappe si fort les aficionados d’Amélie? «Le film a une certaine élégance, une forme de poésie, sans pour autant être élitaire. Cela séduit beaucoup. Et à juste raison. Mais ce n’est pas ‘Citizen Kane’…», répond Hervé Dumont.
Amélie poursuit sa route
Charme, optimisme, poésie… Beaucoup de qualités auxquelles il faut ajouter la musique du Breton Yann Tiersen, qui n’est sans doute pas pour rien dans le succès du film. Signalons en passant que Yann Tiersen sera en concert le 13 septembre au Victoria Hall de Genève, dans le cadre de La Bâtie.
«Le fabuleux destin d’Amélie Poulain» continue par ailleurs de se faire remarquer dans divers festivals: après avoir décroché en juillet le Grand Prix Crystal Globe du Festival de Karlovy-Vary (5 au 14 juillet) à Prague, le film fera l’ouverture du Festival de San Sebastian, en Espagne, le 20 septembre prochain.
Autre étape importante: sa sortie aux Etats-Unis, le 2 novembre. Entre deux poignées de pop-corns et une boîte de coca, les Américains saisiront-ils les bonheurs européens de la jeune Parisienne? «Amélie Poulain cultive un goût particulier pour les tous petits plaisirs… Elle aime plonger sa main au plus profond d’un sac de grain. Briser la croûte des crèmes brûlées avec la pointe de la petite cuillère. Et faire des ricochets sur le Canal Saint-Martin».
Bernard Léchot
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