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«Mein Führer»: Dani Levy les nerfs à vif

Dani Levy s'est expliqué devant son public à Zurich lors de la projection de son film. Keystone

«Mein Führer, la vraie vérité sur Adolf Hitler» a été projeté en première suisse mercredi soir à Zurich, devant une salle comble et plutôt bienveillante.

Les nerfs à fleur de peau, le réalisateur Dani Levy est revenu sur ses motivations et a répondu aux critiques.

La grande salle du complexe de cinéma Abaton de Zurich était pleine à craquer mercredi soir pour la première suisse de «Mein Führer, la vraie vérité sur Adolf Hitler», le film du réalisateur d’origine bâloise Dani Levy.

Dans le public, des gens de cinéma, mais aussi des représentants de la communauté juive. Pendant l’heure et demie que durera la projection, on entendra des rires, souvent, quelques ricanements aussi, parfois, mais jamais de commentaire désobligeant.

Le ton est donné d’entrée, avec la voix off du personnage principal, Adolf Grünbaum, professeur d’art dramatique réquisitionné par Goebbels pour redonner du tonus à un Hitler déprimé mais qui doit prononcer un discours rassembleur pour le Jour de l’an 1945.

«Mon histoire est si vraie que vous ne la trouverez dans aucun livre d’histoire», dit le personnage interprété par l’excellent Ulrich Mühe. Par quoi il faut bien entendre qu’elle est complètement fictive, ce que soulignera Dani Levy à la fin du film, quelque peu interloqué qu’on lui pose la question.

Des mots et des scènes qui font rire

L’humour du film repose sur de nombreux jeux de mots («heilen Sie mich», dit Hitler à Grünbaum, «soignez-moi», ce à quoi le professeur répond «Heil Hitler!» en levant le bras), quelques scènes de gestuelle comique (Grünbaum traînant Hitler assommé par terre) et sur l’absurde de plusieurs situations.

Mais l’impression qui s’incruste dans les esprits n’est pas celle du rire. Une fois le générique de fin déroulé, c’est sous des applaudissements raisonnablement chaleureux que Dani Levy monte sur scène, soulagé.

«Je suis trop sensible pour ce genre de manifestations, tente-t-il de plaisanter. Toutes les premières me font peur et je suis si heureux que la salle soit pleine!»

«Pas le bon débat»

Interrogé par un représentant du distributeur suisse du film, Dani Levy revient ensuite sur ses motivations. Sa sensibilité y transparaît plus d’une fois, de même que ce qui semble être une véritable blessure, provoquée par les réactions plutôt négatives en Allemagne.

«Je m’attendais à une controverse, explique-t-il, mais pas à cette sorte de bazar de confessions et de morale. J’ai l’impression que ce n’est pas le bon débat qui s’est mis en place. Cela m’attriste un peu», admet Dani Levy, faisant peut-être allusion au fait que l’acteur jouant Hitler se soit dit déçu par le film.

Contradictoire et dialectique

L’humour, était-ce par pur esprit de provocation? «C’est une dimension importante, répond le réalisateur. Je sais qu’il y a une contradiction entre les scènes humoristiques et la dimension tragique du film, mais j’ai voulu cette dialectique, cet équilibre instable.»

«Il me tenait à cœur, ajoute-t-il, de montrer l’aspect humain de la machinerie nazie, un aspect très peu analysé jusqu’ici. Car la question est de savoir pourquoi tout un peuple a suivi…»

A la critique du manque de mordant cynique, Dani Levy est catégorique : «Cela aurait été trop facile, trop confortable de se réfugier dans le cynique», conclut-il.

«Le débat en Allemagne me semble bloqué parce que la frontière entre acteurs et victimes du drame est tellement bétonnée. Une comédie, qui est, par essence, anarchique, permet de remettre les choes en place», précise encore le réalisateur sur le site internet du film.

Perle dans le générique de fin

C’est peut-être en toute fin de film que l’on perçoit le mieux le propos du réalisateur. Le générique de fin contient en effet un micro-trottoir qui est une véritable perle.

Dani Levy demande d’abord à des badauds s’ils connaissent Hitler. Les premiers interrogés, des enfants, ne savent pas toujours. Les répondants deviennent ensuite de plus en plus âgés, on passe par des nostalgies à peine camouflées, jusqu’à une vielle dame excédée: «Oh laissez-nous avec ça, on sait tout de lui maintenant».

Reprenant les mêmes interlocuteurs, du plus âgé au plus jeune, le réalisateur leur demande s’ils savent qui était Adolf Grünbaum. La fraîcheur des enfants, qui ne font pas, comme les plus grands, semblant de savoir, clôt cette séquence qui en dit peut-être plus long sur l’état de la pensée collective en Allemagne que toutes les fictions et les documentaires réunis.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann à Zurich

«Mein Führer… » est le 11e film du Bâlois Dani Levy, qui vit à Berlin.

Né en 1957, Dani Levy est scénariste, producteur, réalisateur et acteur.

Le film «Mein Führer…» a été réalisé dans des temps record: sept semaines de préparation et 31 jours de tournage ont suffi à le mettre en boîte.

Sorti en Allemagne le 11 janvier, le film a immédiatement suscité une tempête de réactions, plutôt négatives.

En salles en Suisse alémanique depuis le 18 janvier, le film devrait sortir ultérieurement en Suisse romande, mais le distributeur Filmcoopi n’a encore agendé aucune date.

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