Dermatose: agriculteurs de l’Arc jurassien dans l’incertitude
La décision de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) d'interdire l'estivage des bovins en France a des répercussions directes pour plusieurs dizaines d'agriculteurs jurassiens et neuchâtelois. Beaucoup d'entre eux ont pour habitude de faire paître une partie de leur bétail sur le sol français et doivent se tourner vers d'autres solutions. Ils espèrent être soutenus.
(Keystone-ATS) Entre le village de Grandfontaine et celui de Glay, on traverse la frontière, via un chemin de campagne, sans s’en rendre compte. Seule une borne située à la lisière d’une forêt nous indique que nous quittons la Suisse pour entrer sur le territoire hexagonal. Côté français se trouve un pâturage que Sylvain Quiquerez, agriculteur à Grandfontaine (JU) et membre du comité d’AgriJura, utilise habituellement pour faire estiver ses vaches. Si son exploitation se trouve sur le territoire helvétique, il est loin d’être le seul à posséder des terres du côté français de la frontière.
Alors, lorsque l’OSAV a décidé le 17 février d’interdire l’estivage des bovins en France pour la saison 2026 afin de prévenir la dermatose nodulaire contagieuse – une épizootie qui fait des ravages dans l’Hexagone – de nombreux agriculteurs ont été surpris. «Nous nous attendions à des restrictions, mais pas forcément à une interdiction complète», indique Sylvain Quiquerez à Keystone-ATS, tout en saluant le fait que l’OSAV ait pris une décision rapidement.
Dans Jura, cette interdiction touche 23 agriculteurs, dont une majorité en Ajoie, pour environ 670 bêtes, poursuit-il. Dans le canton de Neuchâtel, 11 exploitations sont concernées, pour 400 bovins, notamment du côté de La Brévine et des Verrières, souligne le directeur de la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture Yann Huguelit.
«Se sacrifier»
Tant Sylvain Quiquerez que Yann Huguelit ne contestent pas la décision de l’OSAV. Mais ils regrettent qu’aucune mesure de soutien n’ait été adoptée en parallèle. Avec l’interdiction de faire estiver les bovins en France, les agriculteurs concernés ont un peu l’impression de «se sacrifier» pour défendre l’ensemble du cheptel suisse, relate Sylain Quiquerez.
«On est tous face à une situation inédite, constate le directeur d’AgriJura François Monin. Indépendamment de la décision de l’OSAV, certains agriculteurs auraient de toute manière renoncé à l’estivage en France pour éviter de prendre le risque. Là, la question ne se posera pas.»
Alors, que faire pour les agriculteurs qui avaient pour habitude de faire estiver une partie de leurs troupeaux en France? Tant dans le Jura qu’à Neuchâtel, il faudra trouver des solutions au cas par cas, car chaque exploitation a ses spécificités.
Sylvain Quiquerez va effectuer une «rocade» en installant ses chevaux côté français pour faire paître ses vaches en Suisse. D’autres vont certainement renoncer à cultiver certaines surfaces pour y placer leurs bovidés.
Mais certains agriculteurs auront beaucoup plus de peine à trouver une solution. «Nous avons un ou deux cas, à Grandfontaine, où la majorité de l’exploitation est sur France», aucune frontière naturelle ne séparant les deux pays, relève Sylvain Quiquerez.
Tout l’été à l’étable
Face à ces difficultés, les agriculteurs qui le peuvent seront appelés à se montrer solidaires. «Nous allons rencontrer l’ensemble des propriétaires d’exploitations pour leur demander s’ils ont de la place pour accueillir des bovins d’autres agriculteurs», explique François Monin.
Toutefois, certains devront probablement se résoudre à laisser les vaches à l’étable tout l’été, ce qui aura un coût, puisqu’il faudra acheter du fourrage supplémentaire, explique Sylvain Quiquerez. «Il y a aussi un problème lié aux labels et aux paiements directs. Plusieurs mesures permettant de les obtenir sont liées au fait que les bêtes doivent pâturer.» L’agriculteur espère donc que des dérogations seront accordées.