Quand le théâtre s’ouvre à l’expérience médicale
A Genève, la scène du Grütli accueille «Comment ça va Zassetski?». Un spectacle émouvant qui dit le combat d'un blessé de guerre.
Il arrive qu’une soirée au théâtre se transforme en expérience. Ce n’est plus alors un spectacle qui se donne, mais plutôt une vie qui s’offre.
C’est le cas, en ce moment, au Théâtre du Grütli, où le metteur en scène veveysan, Michel Voïta, présente «Comment ça va Zassetski?». Un spectacle qu’il a créé près de Lausanne, en 1998, et qu’il a repris, il y a deux ans, au Théâtre de Vidy.
Au fil des représentations, la mise en scène s’est affinée. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on redécouvre sur les planches le combat forcené de Liova Zassetski, lieutenant de l’armée soviétique «frappé à la tête par un éclat d’obus, en 1943».
Humanisme et rationalité
Sortant d’un coma profond, le lieutenant est soigné dans un hôpital militaire par une équipe de médecins, dont le célèbre neurologue, Alexandre Romanovitch Luria. Lequel a retracé l’histoire de son patient dans un livre intitulé «L’homme dont le monde volait en éclats».
C’est de ce livre que Michel Voïta a tiré son spectacle, réécrivant pour la scène trente ans (de 1943 à 1969) de la vie du lieutenant. A savoir une existence renversée par le souffle de la Seconde Guerre mondiale et redressée par les efforts inlassables de Zassetski (Mauro Belluci) et de son médecin Luria (Simone Audemars), dont l’humanisme se heurte à la rationalité froide des scientifiques et à la rigidité de la dictature soviétique.
De Staline à Brejnev
C’est sous le regard de trois contempteurs, Staline, Khrouchtchev et Brejnev (dont les portraits s’affichent successivement en fond de scène) que se déroule la pièce.
Mais est-ce vraiment une pièce? La prestation de Mauro Belluci dénie ce qu’il peut y avoir de théâtral dans la douleur. La douleur morale s’entend. Celle que Zassetski endure; celle que son interprète vit sans jamais la jouer.
La mémoire de Zassetski est fracturée. Il la recompose par ces mots qui ponctuent ses répliques: «Je reprends le combat». Dont acte. Réapprentissage de la vie, de l’écriture, de l’alphabet.
Mais à quel prix? Les lésions du cerveau entraînent celle de l’âme. Il arrive que le comédien pleure doucement, comme un enfant tétanisé par les mots qu’il doit déchiffrer devant une assemblée de médecins. Aurait-il voulu donner une image de la souffrance en son point ultime qu’il ne s’y serait pas pris autrement.
Ghania Adamo
«Comment ça va Zassetski?»; à Genève, Théâtre du Grütli; jusqu’au 20 janvier. Tel: 022/328 98 78
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