Un modèle d’affaires à revoir
(Keystone-ATS) Leurs marges sous pression, notamment du fait d’un environnement réglementaire plus strict, les banques suisses pourraient devoir revisiter leurs modèles d’affaires et les systèmes de rémunération sur lesquels ils reposent.
Souvent orientés sur le court terme, ces derniers continuent bientôt dix ans après la crise financière de stimuler la prise de risques.
Les banques auraient déjà dû revoir leurs modèles d’affaires et salariaux avant la crise financière de 2008, explique Sergio Rossi, professeur d’économie à l’Université de Fribourg. Les établissements devraient se poser cette question, alors que leurs systèmes de rémunération, notamment ceux des cadres supérieurs, sont biaisés.
Bonus et incitations, souvent orientés sur la performance à court terme, contribuent à une prise de risque excessive. «Les systèmes de rémunération ne sont pas nécessairement alignés avec les intérêts des clients», note M. Rossi. A l’image de la notion théorique d’asymétrie d’information, on peut dès lors parler d’une asymétrie de connaissances entre les conseillers et leur clientèle.
Asymétrie de connaissances
La notion d’asymétrie d’informations désigne une situation dans laquelle deux agents ne disposent pas des mêmes informations dans le cadre d’un échange. Ce constat va à l’encontre d’un marché de concurrence pure, dans lequel acheteurs et vendeurs fonderaient leurs choix sur les mêmes informations.
L’un des exemples les plus connus est celui du marché des voitures d’occasion. Les acheteurs, ne possédant pas les mêmes informations que les vendeurs sur l’état réel d’un véhicule, peuvent être conduits à acheter de véritables tacots.
Les clients, en particulier étrangers et fortunés, pourraient par ailleurs devenir plus exigeants en matière de rendement avec la mise en oeuvre de l’échange automatique d’informations, leurs avoirs ne se trouvant plus à l’abri des autorités fiscales, ajoute M. Rossi. Très mobile, cette clientèle pourrait dès lors être tentée d’aller voir ailleurs.
Mais la place financière suisse dispose cependant de deux atouts de poids, la force du franc ainsi que la stabilité politique et financière du pays. Les modèles d’affaires basés sur la performance à court terme conduisent aussi les banques à négliger leur rôle en matière d’octroi de crédits, un instrument moins intéressant pour gagner en rendement que les marchés financiers.
Or l’octroi de crédits, entre autres aux petites et moyennes entreprises, qui représentent l’essentiel du tissu économique suisse, vient soutenir l’économie réelle.