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«J’ai appris à écouter dans les montagnes»

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Tout en grognant, Ueli von Allmen se frappe la tête de deux cuillères. Et les journalistes de swissinfo.ch se saisissent des leurs pour une jam de «percussions corporelles», selon l’expression de ce guitariste de 51 ans, professeur de musique à l'école primaire.

«Le rythme est très important pour moi. En fait, c’est le moyen le plus important de donner aux gens une base pour apprendre la musique. Pour moi, c’est encore plus important que de chanter, car le rythme relie n’importe quel groupe de gens.»

Ueli von Allmen a la chevelure abondante d’un «vieux folkeux» comme il se décrit lui-même. C’est l’une des principales figures de la scène musicale pour enfants de Suisse alémanique.

Il y a beaucoup de cordes à la guitare de von Allmen: il cofonde la Folk Music School de Berne en 1983 et donne des concerts dans le monde entier avec son groupe folk Tächa (chocard). Mais partager sa passion avec les enfants demeure un élément central de sa vie. «Ils sont mes professeurs en créativité, lance ce père survolté de quatre enfants. Être créatif, c’est leur façon d’explorer et d’apprendre. Or pour un artiste ou un musicien, être créatif est l’ingrédient principal.»

Le plus cher compagnon

L’enfance d’Ueli Von Allmen s’est déroulée dans les montagnes de Wengen, un village et une station de ski dans le canton de Berne avec environ 1300 résidents à l’année, et près de dix fois ce nombre en hiver.

«Quand j’avais neuf ans, on m’a donné une petite radio avec un magnétophone. C’était ma chère compagne de l’époque. Ce fut ma porte vers le monde musical. En dehors de cela, j’ai toujours réagi à ce que j’entendais autour de moi. Tous les sons de la nature, les orages, les oiseaux ou la musique traditionnelle, cet univers sonore a fait naître beaucoup d’émotions profondes en moi.»

Le jeune montagnard s’est avéré être une éponge musicale, absorbant la musique classique, le jazz et le rock. Pourtant, il affirme que son influence la plus forte vient probablement du chanteur bernois Mani Matter, mort dans un accident de voiture en 1972, à l’âge de 36 ans.

«Là-haut [à Wengen] nous n’avions pas beaucoup de distractions. À la maison, j’explorais le monde par la lecture et l’écoute. La langue, la parole, les poèmes et les histoires sont tout aussi importants pour moi que les sons.»

Il cite le silence de la montagne comme étant sa plus importante source d’inspiration. «Enfant, j’ai appris à écouter dans les montagnes. Cela a eu un grand effet sur moi et probablement aussi sur ma musique.»

De profondes racines

Ueli von Allmen est surpris lorsqu’on lui demande s’il se sent suisse: «Bien sûr!» Le musicien se dit fermement enraciné dans la montagne sauvage avec un fort sentiment d’appartenance à son village d’origine et à la vallée qui l’environne. Et ce tout en se considérant comme très ouvert et tourné vers l’extérieur: «peut-être que ce n’est pas typiquement suisse».

«Il faut du temps pour que les Suisses s’ouvrent. Ça tient peut-être à la taille de la Suisse, un petit pays fédéral, divisé en communes, en vallées et ainsi de suite, où chacun protège l’autre. Mais peut-être, ne pensent-ils pas grand. Et puis, quand quelque chose de grand se passe, ils adoptent rapidement une position défensive. J’essaie de ne pas être comme ça. J’essaie d’être ouvert, parce que nous pouvons toujours apprendre des autres. Mes passions sont les gens et la musique.»

Ueli von Allmen relève aussi les différences entre les publics suisses et étrangers. «C’est une chose merveilleuse que de découvrir les différents tempéraments à travers le monde. En Chine, les gens réagissent très fortement. Quand ils veulent quelque chose, ils le montrent. Alors qu’en Suisse les gens sont plus réservés. Ils regardent autour d’eux et se demandent s’ils doivent vraiment montrer leur réaction ou non. Ils sont moins spontanés.»

Formule magique

Mais ce qui différentie vraiment un public tient à son âge. «Les enfants sont fondamentalement beaucoup plus spontanés. Ils peuvent être captivés de façon très profonde avec cette formule magique qu’offre une expérience musicale en live, que ce soit un concert de musique classique, des histoires drôles ou les grimaces que je fais lors de mes concerts. Une fois que les enfants sont avec vous, ils ne vous lâchent plus», raconte le chanteur.

«Les adultes, eux, peuvent jouer avec leurs téléphones portables pendant un concert ou penser à autre chose. Ils sont plus facilement distraits que les enfants.»

Quand il réussit à captiver son audience, Ueli von Allmen parle d’un effet potentiel de guérison spirituelle. «Beaucoup de bonne énergie émane de la musique et du chant. Et là, nous entrons dans le spirituel avec des choses que nous ne pouvons pas vraiment expliquer ou ce sentiment d’être relié à d’autres personnes, à Dieu ou autre chose. Je crois que la musique est vraiment un canal très utile pour vivre ce genre d’expérience.»

(Traduction de l’anglais: Frédéric Burnand)

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